On peut amener l'âne à la fontaine mais pas le forcer à boire. Cette allégorie bien connue des banques centrales illustre leur difficulté à relancer une économie par la baisse des taux d'intérêt. L'ouverture par une banque centrale du robinet des liquidités n'est en soi malheureusement pas garante de la reprise conjoncturelle. Encore faut-il que l'âne ait soif.

L'âne? C'est votre banquier préféré. Ou plus précisément celui qui pratique le crédit, aux entreprises comme aux particuliers. Ceux-ci réduisent leurs investissements lorsque les banques centrales augmentent le loyer de l'argent, ce qui provoque un ralentissement de l'activité économique. Mais une baisse des taux d'intérêt ne va pas nécessairement donner le résultat inverse. Pour ce faire, les banques commerciales doivent jouer le jeu. Lorsqu'elles ont trop de créances douteuses, elles ne se pressent pas au portillon des nouveaux crédits, quand bien même la banque centrale réduit le taux directeur à zéro, garantissant ainsi une marge d'intérêt maximale aux bailleurs de fonds.

En l'occurrence, cela fait dix ans que les bourricots japonais n'ont pas soif. Espérons que leurs pairs américains et européens seront moins têtus. Les ménages américains, en tout cas, jouent le jeu: ils profitent de l'aubaine de la baisse des taux pour aller chez leur banquier renégocier leurs hypothèques à meilleur compte. Pas étonnant dès lors que les ventes de nouveaux logements soient au plus haut, une nouvelle qui semble faire fi de la morosité ambiante.

Amazon.com, le plus gros détaillant «en-ligne» du monde, risque de mettre la clé sous le paillasson avant la fin de l'année, faute de liquidités: c'est ce que révèle une étude publiée par un courtier américain la semaine dernière. Faux, répond Jeff Bezos, le patron d'Amazon: nous disposons de plus d'un milliard de dollars en espèces, soit 40% du chiffre d'affaires. Le problème, c'est que le fonds de roulement est lui nettement inférieur. Il risque même de devenir négatif d'ici quelques mois. Et là, de deux choses l'une: soit le patron d'Amazon refait un tour de table auprès des banquiers et autres pourvoyeurs de fonds pour essayer de renflouer les caisses (il pourra toujours leur rappeler que Time Magazine l'avait consacré «Homme de l'année» en décembre 1999), soit Amazon entre enfin dans les chiffres noirs. L'annonce récente de la mise à pied de 15% du personnel nous montre la voie qui a été choisie.

Les marchés n'ont pas aimé les derniers chiffres de l'emploi aux Etats-Unis. Un de mes confrères américains expliquait à un journaliste que le passage du taux de chômage de 4,1 à 4,2% confirmait les craintes d'un net fléchissement de l'activité. Soit. Mais… que dire alors de ces créations d'emplois trois fois supérieures aux attentes, poursuit le journaliste? Ah! Mais, ça aussi, c'est une mauvaise nouvelle, insiste l'économiste: les espoirs d'une nouvelle baisse des taux d'intérêt vont maintenant fortement diminuer! Ca me fait penser à un jeu que me proposait mon fils quand il avait 5 ans: «Dis papa, on joue à pile je gagne, face tu perds?»