Vendredi 23 février: encore une journée morose à la Bourse. Avant la clôture, les écrans s'illuminent d'une radieuse nouvelle: le chef économiste d'un grand courtier américain, Wayne Angell, annonce une baisse imminente des taux, avant la prochaine réunion de la Fed. L'indice Nasdaq gomme ses pertes pour clôturer dans les chiffres noirs. L'économiste accorde une probabilité de 80% à sa prévision. Selon lui, le président de la Fed, Alan Greenspan, aurait modifié en dernière minute le texte de son allocution à la Chambre des représentants. Au vu des derniers chiffres publiés, ces modifications avaliseraient un assouplissement monétaire. Mais point du tout. Alan Greenspan a bien confirmé, mercredi dernier, que la situation économique était moins bonne qu'il ne l'avait annoncé deux semaines auparavant. Mais il a ajouté: «La Fed a spécifié implicitement qu'elle préférait agir au moment de ses réunions.»

Du coup, Wayne Angell a revu sa copie et a annoncé que la probabilité était maintenant de 100% que la Fed… ne baisse pas la garde avant la date de sa prochaine réunion, le 20 mars prochain. Le virage à 180 degrés d'un économiste ne suffit pas a priori à mobiliser CNBC à l'heure du «prime time». Mais lorsque l'homme en question est un ancien gouverneur de la Fed, les médias crépitent. Il y a pire: lorsque le journaliste dit à Angell que la précision chirurgicale de sa prévision a mis la Fed dans l'impossibilité d'agir car elle aurait été soupçonnée de briser l'embargo sur ses décisions, un ange passe.

Avec leurs 90% de recommandations à l'achat, les analystes travaillant sont les coupables désignés des victimes du Nasdaq. Pourquoi si peu d'opinions à la vente chez ces analystes pourtant étiquetés «sell side»? Parce que les banques d'investissement vivent des recommandations et qu'une opinion «vendre» ne fait pas vendre, justement. Il faut savoir décoder: lorsque la star des analystes Internet, M. Blodget, passe en août dernier eToys en «garder» alors que le titre a perdu 95%, il veut dire «vendre». Une précieuse indication pour une valeur qui va perdre encore 100% jusqu'à sa mise en faillite lundi dernier. Avec le retour en force des «Long-short Hedge Funds», ces fonds de placement qui peuvent gagner de l'argent à la hausse comme à la baisse des valeurs, les analystes «sell side» redécouvrent les charmes du politiquement incorrect.

* Conseiller économique, Union Bancaire Privée, mgi@ubp.ch