Suivant la tradition de George Leigh Mallory, la stratégie de la plupart des conquérants de l'Everest a consisté en une préparation fastidieuse du camp de base. De la même façon, tout doit être en place avant l'assaut du grand «Bull»:

– L'économie: les toutes dernières statistiques indiquent que les consommateurs américains n'ont aucune raison de déserter les grands magasins. Leurs revenus ont augmenté de 0,4% en février et leurs dépenses de consommation ont suivi cette tendance, soit 0,3%. Certes, les ventes de logements neufs et la demande de biens durables ont baissé respectivement de 0,4% et de 0,2% en février. Mais l'emploi résiste, comme le démontre la baisse de 20 000 demandes d'allocation chômage la semaine dernière. A la surprise générale, l'indice de confiance des consommateurs a rebondi de 8 points entre février et mars, après cinq mois de baisse. Comment pouvait-il d'ailleurs en être autrement, puisque leur richesse nette a augmenté de près de 115% en pourcentage de leur revenu disponible entre 1995 et 1999? Certes, la croissance de la consommation (4,4%) a dépassé celle des revenus réels (3,4%) de 1% chaque année depuis 1995. Mais jamais récession n'a été provoquée par un ajustement de la consommation à celui des revenus. Toutes ont été la conséquence d'un ajustement de leurs bilans. Le «de-leveraging» des bilans n'aura pas lieu cette année, et l'Amérique fera probablement l'économie d'une récession. La croissance du PNB pourrait alors être bien supérieure à celle anticipée par le consensus, à savoir 1,9% pour 2001. Les bénéfices aussi!

– La liquidité: ce qui impressionne bien davantage que la baisse des taux de 150 points des taux directeurs, c'est surtout l'accélération de la croissance de l'agrégat monétaire le plus proche de la Fed, à savoir MZM, qui croît à plus de 20% en moyenne depuis le début de cette année. Déjà 2300 milliards de dollars sont en attente dans les SICAV monétaires américaines, soit 20% du Wilshire 5000 index. Que les taux directeurs de la Fed tombent à 4,25% dans le courant de l'été, et les marchés subiront la formidable poussée de l'inévitable «cash-equity rotation».

– Le niveau d'évaluation: le S & P 500 a perdu 26,5% depuis son plus haut, ce qui est bien supérieur aux 18% en moyenne des huit dernières corrections. En 1974 et en 1987, les PER du S & P 500 sont tombés respectivement à 8 et à 12 fois les bénéfices. Aujourd'hui, le marché paie 18 fois les bénéfices 2001. Mais en 1974 et en 1987, les obligations à 10 ans se traitaient à 8 et 8,5%, non pas à 5% comme aujourd'hui. De façon plus pertinente, parmi les 492 titres de l'indice qui font des bénéfices, 25% ont des PER de 13,6 ou moins, la moitié ont des PER qui n'excèdent pas 18,2 fois, mais 25% se traitent encore à plus de 28,4 fois. Finalement, le PER médian des 91 titres techno de l'indice est de 17,2 fois, incidemment comme celui des 409 titres non-techno restants. En conclusion, le niveau d'évaluation des technologiques est raisonnable. Celui des non-techno encore plus!

Une seule chose manque aujourd'hui pour que les cordées, entendez les investisseurs, s'élancent à l'assaut, à savoir, l'éclaircie! Exigera-t-elle beaucoup ou peu de patience? Ceux dont les nerfs seront usés avant l'heure devront rester au camp de base. Donc, question de mental. Pour les autres, rendez-vous au camp I.

*Economiste, Banque SCS Alliance.