L'an passé, de janvier à mars, la folie s'emparait des marchés boursiers, créant une formidable bulle sur les valeurs liées à la technologie. Puis le 25 mars, la bulle éclatait et le fameux Nasdaq abandonnait les 5000 points pour aller s'écraser à 3000 points en dessous un an plus tard. Cette année, de janvier à février, cette même folie financière a entraîné les grands indices boursiers à la baisse: Dow Jones (–2,41%), S & P 500 (–5,11%), Nasdaq (–9,13%), CAC 40 (–10,03%), Dax (–4,02%), SMI (–6,35%), Nikkei (–3,91%). Ceux qui, en janvier 2000, n'ont pas pu envisager un Nasdaq à 2200 ne peuvent pas concevoir aujourd'hui un S & P 500 à 1650, un Dow Jones à 12 500 et encore moins un CAC 40 à 7000 à la fin de cette année. Selon nous, le travail intempestif de la folie prendra fin comme l'an passé vers fin mars. Alors délivrés, les marchés pourront librement s'envoler vers de nouveaux records. Encore un mois de peur, de flou et de tensions!

Entre–temps, les éléments fondamentaux se mettent en place pour une année exceptionnelle. Les ventes de détail de janvier (+0,6%), comme les résultats record de Wal-Mart pour le trimestre se terminant fin janvier, indiquent que le consommateur américain est toujours là. L'indice composite, qui préfigure l'évolution de la conjoncture dans les six à neuf mois, surprend à la hausse en janvier (+0,8%) et surtout met fin à plusieurs mois de déclin. Comment pouvait-il en être autrement avec un marché du travail qui reste vigoureux et une augmentation de seulement 4000 nouvelles demandes d'allocations chômage la semaine dernière? Ajoutez à cela des réductions fiscales importantes, une politique monétaire accommodante, et la croissance de l'économie américaine nous surprendra une nouvelle fois à la hausse. Ceux qui, en juin 2000, n'ont pas vu que l'endettement et les charges d'intérêt des grandes entreprises américaines mettraient fin à leur effort d'investissement en technologie et donc à une réduction de la demande des produits «Nasdaq» ne peuvent concevoir aujourd'hui un tel rebond de la conjoncture.

Ah, la grande inflation! Les derniers chiffres sont mauvais, en particulier celui des prix à la consommation, dont l'indice est en hausse de 0,6% en janvier, ce qui entraîne un glissement annuel de 3,7%. L'inflation ne répond pas à une dynamique conjoncturelle et encore moins mensuelle. L'inflation est un phénomène structurel. Le grand cycle de désinflation de 1982 à nos jours, de 14 à 3,7% aujourd'hui en passant par 1,6% en 1998, n'a pas été le résultat d'un changement de politique monétaire et fiscale, mais plutôt celui d'une recherche d'une profitabilité accrue par des entreprises soumises à un nouvel environnement commercial beaucoup plus compétitif.

Or, cette maximisation exige que les salaires réels augmentent dans la même proportion que les gains de productivité, adéquation qui n'a pu être réalisée que par la baisse continue des prix. Depuis deux semaines, l'or a cassé le support au-dessus duquel il avait rebondi en septembre 1999 pour des raisons inflationnistes, déclenchées par la hausse du prix du pétrole. Les mauvaises nouvelles sur l'inflation de cette semaine ne lui ont pas permis de rebondir au-dessus de ce support. En dessous de ce niveau, l'or nous dit que les pressions déflationnistes s'accentuent et que l'économie mondiale a désespérément besoin de plus de liquidités monétaires.

Perspectives que confirment d'ailleurs les détenteurs d'obligations américaines, puisque le rendement à dix ans est revenu à sa case départ du début de cette semaine mouvementée, soit 5,11%.

* Chef Economiste, Banque SCS Alliance.