La vague de suppression d'emplois annoncée par les compagnies américaines a continué de déferler cette semaine avec plus de force. Après 133 713 emplois supprimés en décembre, voilà que des milliers d'autres sont sur le point de l'être par Lucent, WorldCom, Sara Lee, JC Penney, AOL, GM, Ford, Aetna, Motorola, Gillette, Chase, Chrysler, Whirlpool, Sears, Gateway, Amazone.

Même la compagnie du vénéré Jack Welch, à savoir General Electric, a prévenu qu'elle pourrait éliminer cette année 50 000 emplois. Dans ce contexte, le taux de chômage se détériore, passant de 4% en décembre à 4.2% en janvier et il n'est donc pas surprenant que l'indice de confiance des consommateurs plonge de 128 à 114. Avec le consommateur en peine, c'est 70% du PNB américain qui est en péril.

Au même moment, la Bourse de New York se réveille et le Dow Jones bondit de près de 180 points mardi et de 100 points de plus jeudi pour atteindre 10 983 points, soit près de 14% depuis le début de l'année.

Wall Street a raison car plus dure sera la récession, plus forte et plus rapide sera la baisse des taux. Le NAPM pointe déjà vers une récession industrielle en baissant pour le sixième mois consécutif à 41,2 en janvier.

Nous sommes donc entrés dans une période de baisse des taux et de chute des bénéfices. En moyenne, le S & P 500 gagne 21.3% dans de telles périodes, car l'effet taux l'emporte largement sur l'effet bénéfices. Après la baisse surprise du 3 janvier, Alan Greenspan a une nouvelle fois abaissé les taux d'intérêt de 1/2%, lors de la réunion de la Banque centrale le 31 janvier. En un mois, les taux directeurs ont donc diminué de 100 points de base. Cette rapidité et cette ampleur dans la baisse des taux d'intérêt nous rappelle 1975.

Si à l'époque l'effondrement des taux n'avait pas permis d'enrayer la récession économique, elle avait contribué à une reprise fulgurante des marchés boursiers. 2001 pourrait ressembler à 1975, non seulement en terme de baisse des taux mais aussi en terme de reprise boursière.

L'excès de liquidités proviendra non seulement du ralentissement économique, qui libérera d'énormes ressources monétaires, mais aussi de la Banque centrale, qui en mettra davantage à la disposition de son système bancaire. Le Nasdaq profitera-t-il de cette abondance de liquidités? En 1997, 1998, et 1999, il en a été le principal bénéficiaire. Depuis le début de l'année, cet indice a progressé de plus de 20%, mais cette semaine, il n'a pas répondu comme le Dow Jones à l'appel de la liquidité.

Pourquoi? Parce que le secteur de la technologie fait face à un recul de 1,5% de l'investissement global des firmes américaines et de 4,7% de leur investissement productif. Ce tassement de la demande pour les produits «IT» des firmes du Nasdaq n'est pas surprenant car les dépenses d'investissement des grandes compagnies américaines depuis 1995 ont été financées par des emprunts massifs.

Aujourd'hui, cet endettement coûte 180 milliards de dollars par trimestre en seule charge d'intérêt. Essoufflement financier donc, excès de capacités productives en période de ralentissement, saturation en équipement informatique peut-être, tels sont les principaux facteurs qui expliquent la baisse de la demande pour les produits technologiques et l'apathie du Nasdaq. Affaires à suivre.

* Economiste, Banque SCS Alliance.