En janvier, Alan Greenspan, a annoncé que la croissance économique américaine était proche de zéro. Mardi, il donnait une vision fort différente de l'économie en rappelant, à la surprise générale, l'importance des gains de productivité. Lorsque le mentor de Wall Street vacille, les marchés tremblent d'autant plus quand l'indice des prix à la production surprend à la hausse (1,1%). Pour nous, c'est l'occasion de profiter des dernières baisses de prix. La diminution de 100 points de base des taux directeurs de la Federal Reserve n'a-t-elle pas, en effet, déjà fait rebondir les agrégats monétaires? M3, dont la croissance avoisinait à peine 6% en début d'année, croît aujourd'hui à plus de 12%. Cela n'a rien d'étonnant puisque les consommateurs ont profité de la baisse des taux pour immédiatement refinancer leurs emprunts hypothécaires à de meilleures conditions. Disposant de revenus inespérés, la consommation s'est aussitôt raffermie; ce que confirment les ventes de détail (0,7%) et les nouvelles constructions (5,3%) de janvier. Rapidement, l'économie américaine devrait donc sortir de sa déprime. Dans ces conditions, les marchés boursiers pourraient bénéficier d'une double impulsion, celle de la liquidité plus celle des bénéfices. Profitez des soldes!

Trois facteurs militaient en faveur d'une baisse des taux directeurs de la Banque centrale européenne (BCE), à savoir: des taux d'intérêt réels élevés (4%), une décélération de la croissance de 3,4% en 2000 à 2,9% en 2001 et une baisse de l'inflation de 2,3% l'an passé à 1,9% cette année. Cependant, la BCE a maintenu sa garde et les taux n'ont pas été abaissés. On ne peut qu'approuver. Pourquoi? Les capacités productives restent fortement sollicitées et leur taux d'utilisation est toujours au-dessus de 84%. Cette situation reflète la faiblesse de l'investissement productif en Europe. Corollaire de cette faiblesse, la croissance de la productivité du travail est toujours deux fois inférieure à celle des Etats-Unis. La hausse l'an passé du prix du pétrole combinée à la baisse de l'euro a ravivé les tensions inflationnistes, que la faiblesse des gains de productivité n'a justement pas pu étouffer. Le risque subsiste donc que toutes ces insuffisances affectent encore aujourd'hui les prix à la production et l'inflation sous-jacente (hors énergie) pourrait surprendre à la hausse cette année, ce que craint justement la BCE. Habile!

Pendant des années, l'Union européenne a attribué d'énormes subventions à l'Irlande, grâce auxquelles elle a pu favoriser l'implantation de nombreuses sociétés informatiques de pointe en accordant des avantages fiscaux alléchants. Le chômage a baissé (4,1%), les dépenses de consommation ont augmenté, la croissance a accéléré (10,7% en 2001), les rentrées fiscales ont gonflé; et, comme on pouvait s'y attendre, le budget du gouvernement pour 2001 a prévu de nouvelles baisses d'impôts. Problème! L'inflation est de 5,3%, bien supérieure à la moyenne de l'Euroland (2%); ce qui normalement devrait se traduire par une sanction immédiate, à savoir: la dévaluation de la livre irlandaise contre l'euro. Mais depuis l'entrée de l'Irlande dans l'Union monétaire européenne, la parité euro/livre est fixée à 0,787564. Dans tout régime de changes fixes, une dévaluation est impossible et l'alternative pour le gouvernement irlandais consiste soit à se soumettre aux exigences de l'Union monétaire et, par conséquent, à celles de Bruxelles afin d'éliminer les pressions inflationnistes, soit à sortir du carcan de l'euro et retrouver sa liberté fiscale et monétaire. Boire ou conduire, il faut choisir!