«L'une des clés de la réussite, c'est l'objectivité: ne vous laissez pas emporter par le flux quotidien des nouvelles du marché, des rumeurs. Restez concentrés sur le long terme.» Ces mots d'Abby Cohen, qui vient de recommander aux clients de Goldman Sachs d'acheter des actions, sont plus que jamais d'actualité. Les grands indices boursiers viennent de toucher des plus bas, que l'on ne reverra probablement plus jamais, à New York, à Tokyo ou à Paris!

Traitons du cas le plus évident, à savoir l'économie américaine, dont les fondamentaux sont déjà prometteurs. La consommation ne risque pas de s'affaiblir dans les prochains mois. Entre 1990 et 1998, la montée fulgurante des marchés boursiers s'est traduite par la création de 2640 milliards de dollars de richesse additionnelle par an, à laquelle se sont ajoutés 5150 milliards de richesse supplémentaire en 1999. Le consommateur américain a probablement perdu 3600 milliards de dollars suite au déclin des technologies et de celui du S & P 500. Par conséquent, sa situation financière est excellente et les craintes d'un ajustement des bilans, qui ont provoqué les quatre dernières récessions, ne sont pas fondées.

Les statistiques de productivité étant volatiles, il convient de les appréhender d'un point de vue structurel. Pendant les trente dernières années, la productivité américaine a crû au rythme de 1,5% par an. Entre 1995 et 2000, elle a augmenté de 4,7% suite aux cinq années d'investissements des sociétés américaines. L'affaiblissement récent de la conjoncture a été provoqué par l'arrêt brutal de ces dépenses. La productivité devrait croître à un rythme moins soutenu mais elle ne devrait pas s'effondrer sur sa moyenne historique. En effet, le processus de propagation de la productivité continue bien après l'arrêt des dépenses de formation de capital fixe. En janvier, les revenus ont continué d'augmenter de 0,6% et contribué au financement des dépenses de consommation, qui ont progressé de 0,7%. Ces hausses sont en ligne avec la croissance de 2,2% de la productivité au quatrième trimestre 2000. Il n'est donc pas surprenant que le président de la Fed réaffirme que les gains de productivité continueront de soutenir les revenus, les profits et la croissance. L'emploi ne devrait pas se détériorer fortement, comme le confirment les 135 000 emplois créés en février.

A la suite de la réduction des taux d'intérêt, la croissance des agrégats monétaires a explosé. La croissance de M3 a accéléré de 5% en janvier à 13,4% en février. Ce rebond s'explique par le fait que les consommateurs ont pu refinancer leurs hypothèques à des taux plus avantageux. Si les taux baissaient davantage, un second round de refinancement viendrait à nouveau stimuler la consommation.

Dans ces circonstances, suivez les conseils d'Abby et «ne vous laissez pas emporter par le flux quotidien des nouvelles du marché», comme celles concernant Yahoo! et Intel, qui ont fait rechuter le Nasdaq.