Une seule réponse partout. «Non. Nous n’en avons plus depuis deux mois.» Dans les pharmacies à Lausanne, Genève, Fribourg et sans doute dans tout le pays, point de masques de protection. «Nous n’attendons même pas de livraison, explose un pharmacien vaudois devant une cliente apeurée qui lui en réclame. Il n’y a plus de production.» Sur un tout autre registre, une tentative d’importation a récemment capoté. Au début du mois de mars, les douanes allemandes, françaises et italiennes ont saisi des cargaisons de masques et autres matériel de santé destinés à des importateurs suisses. Selon le Seco qui confirme cette information, le conseiller fédéral chargé de l’Economie, Guy Parmelin, tente à présent de négocier une solution à l’amiable avec ses homologues. Soit.

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La pénurie est telle en Suisse que l’Office fédéral de la santé publique (OFSP) admet le principe que les masques disponibles – oui, il y en a encore – soient réservés au personnel soignant, aux patients montrant des symptômes d’infection respiratoire ainsi qu’aux travailleurs exposés constamment au public. Pour les personnes en bonne santé, inutile d’en porter.

En France, des masques au marché noir

En effet, en pleine épidémie de Covid-19, c’est toute la planète entière qui réclame des masques. En France par exemple, la pénurie est encore plus criante. Une chaîne de télévision a révélé cette semaine que, faute de pouvoir s’en procurer, des cabinets médicaux parisiens ont fermé leurs portes. D’autres ont recours au marché noir à prix d’or. Quelque 300 000 masques périmés datant de la période de l’épidémie du H1N1 en 2009 ont été remis en circulation. Face à la rupture des stocks, le Ministère français de la santé a déjà réquisitionné 30 millions sur des réserves stratégiques de 145 millions d’unités pour approvisionner les services de santé.

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Une autre raison explique la pénurie. En janvier et en février lorsque le coronavirus frappait la Chine de plein fouet, plusieurs Etats y ont expédié une partie de leur stock au titre d’aide d’urgence. Parallèlement, face à la demande chinoise qui était alors à son apogée, des entreprises en ont exporté à bon prix, selon un témoin.

A présent, la riposte à la pénurie s’organise. Par exemple à Kriens (LU), Healthco-Pharma distribue déjà aux hôpitaux, pharmacies et autres services de santé vaudois. Des initiatives pour lancer la production sont en cours.

En Italie, du prêt-à-porter aux masques

En Italie, le quotidien Corriere della Sera raconte l’initiative d’une entreprise de prêt-à-porter qui va convertir sa production de l’habillement aux masques de protection. Elle répond à l’appel à l’aide lancé par les autorités pour trouver des solutions à la pénurie. Le patron a promis, selon le journal, une production de 600 000 masques en deux semaines, soit l’équivalent de 6 millions d’utilisations potentielles. Car ces masques sont lavables.

La France, elle, compte déjà quatre grands fabricants de masques de protection sanitaire qui tournent à plein régime. Mais ils ne répondent de loin pas à la demande exponentielle. D’où la décision du gouvernement de se servir dans les réserves stratégiques, mais aussi d’appeler les entreprises à se lancer dans la filière. L’Etat a donné la garantie d’acheter toute production.

Cadeaux de Pékin

Force est de constater que la pénurie n’est pas liée seulement à la forte demande, mais aussi à l’absence d’offre. Car la première zone de production mondiale se trouve à Wuhan, l’épicentre de la pandémie du coronavirus, qui avait cessé la production pendant quelques semaines. Selon le Département d’Etat américain de la santé, la Chine fournit jusqu’à 95% des masques chirurgicaux spéciaux ayant une durée de vie limitée et 60% des masques de protection plus couramment utilisés dans les services de santé.

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Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), le monde a besoin de 89 millions de masques par mois en cette période de pandémie. Soit 40% de plus que pendant la période pré-Covid-19. Diverses sources d’information, notamment chinoises, font savoir que la vie économique reprend graduellement à Wuhan et que les usines se remettent au travail. Certaines entreprises, à l’instar de Foxconn, se sont reconverties pour produire des masques.

C’est ainsi que les masques chinois reviennent sur le marché. L’un des gros acheteurs n’est autre que Pékin qui en fait un outil de sa diplomatie. Directement ou par le biais des fondations comme celle du milliardaire Jack Ma, elle a commencé à envoyer des cargaisons entières en Iran, en Irak, en Italie, en Belgique, en France et même aux Etats-Unis.

 

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