Conjoncture

En Afrique, la croissance est toujours à l’Est

L’Ouganda et l’Ethiopie sont moins exposés à la baisse du prix des matières premières

En Afrique, la croissance est à l’Est

Conjoncture Le Rwanda, l’Ouganda, le Kenya et l’Ethiopie sont peu exposés à la baisse du prix des matières premières

L’Afrique subsaharienne affiche depuis 2008 une croissance de 5% par an, en moyenne, sur laquelle la crise n’a pas eu de prise. L’horizon s’est toutefois assombri depuis un an avec la baisse des cours des matières premières (pétrole, métaux, minéraux, produits agricoles et alimentaires), qui représentent en moyenne 82% des exportations de biens de la région.

Après les records atteints en 2011, le repli des prix s’est accéléré au second semestre 2014: -35% pour les métaux de base et -40% pour le pétrole entre janvier 2013 et mai 2015; -20% pour les produits alimentaires et -5% pour les matières premières agricoles. De quoi redouter des lendemains qui déchantent. Et pourtant, l’étude que le groupe Coface a consacrée à l’Afrique subsaharienne dans son Panorama de juin 2015 ne prête pas à la morosité.

Il en ressort que les pays de la région sont très inégaux face à la baisse des cours selon qu’ils sont exportateurs de matières premières non renouvelables (pétrole, métaux, minéraux) ou renouvelables (produits agricoles et alimentaires), et selon la plus ou moins grande diversification de leur économie. Certains tirent même remarquablement leur épingle du jeu.

L’assureur-crédit a ainsi identifié trois catégories de pays. Les plus vulnérables sont des exportateurs nets de matières premières non renouvelables, pétrole en tête, comme le Gabon, le Nigeria, le Congo ou l’Angola, qui importent aussi des produits agricoles et alimentaires. Leurs soldes de l’échange se dégradent fortement, ce qui devrait conduire à une détérioration accrue de leurs comptes extérieurs.

D’autres pays sont «modérément» ou «relativement peu affectés» par la baisse des prix: les premiers sont doublement exportateurs, comme le Mozambique ou le Ghana. Les seconds, exportateurs de produits agricoles et alimentaires, sont importateurs nets de pétrole, à l’image de la Tanzanie. La baisse du prix de leurs importations est supérieure à celle de leurs exportations.

Diversification et montée en gamme

Trois, voire quatre pays d’Afrique de l’Est s’en sortent particulièrement bien: il s’agit du Rwanda, de l’Ouganda, du Kenya et de l’Ethiopie, qui se sont engagés, il y a parfois plusieurs années, sur le chemin de la diver­sification, via leur secteur manu­­facturier ou les services.

A côté d’économies diversifiées de longue date comme l’Afrique du Sud, très intégrée dans la chaîne de valeur mondiale grâce à ses usines d’assemblage automobile, ou le Kenya (floriculture, textile, industrie du cuir…), l’assureur-crédit a identifié de nouveaux venus dont le nombre de produits exportés a augmenté très rapidement au cours des dix à quinze dernières années.

Ainsi, l’Ouganda (+6,3% de croissance en 2015, selon l’OCDE) fabrique et exporte des produits agroalimentaires, notamment des boissons et en particulier des bières produites à partir de sorgho, et des produits agricoles. Le Rwanda (+7,5% de croissance), dont un tiers du PIB provient du secteur agricole, fabrique des liqueurs de café et de citron dans les zones économiques spéciales mises en place par le gouvernement. Elles sont destinées à moyen terme au marché de l’Afrique de l’Est.

«L’agro-industrie permet de valoriser les ressources agricoles des pays dans lesquels le secteur primaire est très développé», observe Coface. Cette stratégie permet à la fois d’augmenter la production locale de biens agricoles et de soutenir l’emploi dans l’agriculture, mais aussi dans des secteurs à plus forte valeur ajoutée.

Le textile, la transformation du cuir ou les chaussures sont d’autres activités qui permettent à une économie de se diversifier, avec souvent à la clé un traitement de faveur fait aux investissements directs étrangers, notamment en provenance d’autres pays africains et, bien sûr, de la Chine.

L’entreprise chinoise C & H Garment Company a par exemple choisi récemment de s’implanter dans une zone économique spéciale au Rwanda, où le climat des affaires est plutôt bon et le coût de la main-d’œuvre bas. En Ethiopie (+8,5% de croissance), le gouvernement a annoncé son intention d’investir un milliard de dollars sur les dix prochaines années dans un parc industriel spécialisé (textile, cuir, agro-industrie…), après l’installation dans le pays de la société chinoise Huajian Shoes en 2012 et du Suédois H&M en 2013.

L’Ouganda et l’Ethiopie, suivis par le Rwanda, semblent sur la voie d’une montée en gamme de leur production industrielle et de leurs exportations. Avec le Kenya (+6,5% de croissance), estime l’assureur-crédit, ils disposent des atouts nécessaires pour enregistrer une progression dynamique de son activité à long terme sans être pénalisés à court terme par le repli des matières premières.

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