20% de moins. Au cours des prochaines années, les Raiffeisen vont revoir à la baisse le nombre de leurs agences. Patrick Gisel, le patron des coopératives bancaires est vague sur l’échéance, mais le couperet va tomber: des 1000 succursales que comptent les banques, 200 devraient disparaître. Et la réduction avait déjà commencé puisque en 2009, elles étaient 1121.

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Le patron de Raiffeisen est tout sauf une exception. La Banque Cantonale de Zurich annonçait aussi l’été dernier vouloir réduire son réseau de succursales. La tendance existe dans toute la Suisse même si la plupart se gardent de le dire publiquement. Entre fin 2009 et début 2015, plus de 200 agences ont été abandonnées, selon le dernier décompte disponible de la BNS. Au total, elles sont actuellement 3188, dans l’ensemble de la Suisse.

En moyenne, 12 agences fermées par semaine par les plus grandes banques britanniques

Mais le phénomène touche toute l’Europe, souligne Andreas Dietrich, professeur de finance à la Haute Ecole de Lucerne. Il est la conséquence de la numérisation de l’économie, qui rend beaucoup de services bancaires plus simples et plus rapides par Internet. En Grande-Bretagne, certains médias ont calculé que les plus grandes banques du pays avaient procédé en moyenne à la fermeture de 12 agences par semaine. Dans les années 1990, il existait un réseau de 17 600 antennes à travers le pays. Il en reste aujourd’hui un peu moins de la moitié.

En France, les annonces se multiplient aussi. En mars dernier, c’était au tour de LCL (ex-Crédit Lyonnais) d’annoncer la fermeture de 247 enseignes d’ici 2019, parce que les clients se déplacent encore moins que ce que les experts avaient imaginé, a justifié la banque. Elle a suivi Société Générale, qui a décidé en décembre de fermer 400 de ses 2000 agences. Et, si les centres urbains restent bien dotés, les antennes dans les régions rurales sont toujours plus délaissées. La fréquentation a chuté de 30% dans les agences françaises en trois ans, selon une étude de Exton Consulting, cité par Le Monde.

Cette réduction se produit depuis plusieurs années mais elle va continuer au cours des cinq prochaines années. C’est du moins ce qu’estiment 85% des banquiers sondés par les consultants de Ernst & Young pour leur dernier baromètre des banques suisses. En 2015, ils étaient seulement 76% à le penser. Le nombre d’agences bancaires a diminué d’environ 200 en cinq ans et la réduction de la voilure touche tous les types de banques, mais en particulier les établissements étrangers et, de plus en plus, les banques cantonales. En 2016, 86% des ces dernières s’attendent à un resserrement du réseau de succursales. L’an dernier, elles n’étaient que 55% à l’escompter. Selon les statistiques d’Ernst & Young, cette catégorie de banque a déjà fermé plus de 60 filiales ou succursales depuis 2010, soit 8% de leur parc.

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La disparition des agences préjudiciable pour les clients

«L’utilisation numérique accrue de prestations bancaires rend le vaste réseau de filiales, de succursales et d’agences existant presque obsolète», avancent les auteurs du rapport publié en début d’année. Pourtant, fermer purement et simplement n’est pas la solution, du moins seulement sous l’angle des coûts, préviennent-ils.

C’est tout l’enjeu: maintenir une présence physique à tous les coins du pays coûte cher. Mais une disparition est aussi dangereuse si l’on ne veut pas détériorer les relations avec les clients: «Il s’agit plutôt de continuer de développer les canaux de distribution numériques et d’améliorer dans le même temps l’expérience client dans les filiales et succursales restantes», conseille Ernst & Young. Le cabinet de consultants suggère de s’inspirer d’autres secteurs et de leurs magasins «flagship», installés dans les centres-villes et «orientés sur l’expérience client». Ce qui implique aussi d’étendre les jours et les heures d’ouverture, comme certains établissements commencent à le faire.

«Les banques doivent garder des succursales, mais se concentrer sur le conseil aux clients, et moins sur les opérations au guichet que l’on peut maintenant réaliser en ligne très facilement et à n’importe quel moment», reprend Andreas Dietrich.

Si les nouvelles technologies maintiennent le client à distance, aux banques de savoir les utiliser: Bank of America souligne que, grâce à son application pour mobile, elle fixe en moyenne 18 000 rendez-vous par semaine entre conseillers et clients. Et ce sont ces derniers qui ont fini par se déplacer.