Les candidats trahis par leur voix

Recrutement Un ex-espion prête son oreille aux entreprises pour traquer les menteurs au bout du fil

Sa technique pour décrypter les dits et les non-dits est issue des services de renseignement. Mode d’emploi

L’investigation et la recherche de la vérité sont sa spécialité. Nick Day n’est pas un recruteur comme les autres. Cet ancien espion des services secrets britanniques s’est installé à Genève en 2008 pour y lancer Diligence, son entreprise de renseignement économique. En 2013, 30% de son activité provenait de la vérification de curriculum vitae de candidats, ce qui représente 200 analyses par an. Diligence intervient également à la demande de futurs employeurs en interrogeant les candidats par téléphone. Sa technique d’entretien, issue des méthodes du renseignement militaire et des travaux en psychologie comportementale, vise à identifier si un candidat ment. L’issue de la discussion peut être professionnellement fatale: elle disqualifie les imposteurs.

«Il y a trois façons de savoir si un postulant ne dit pas la vérité. Nous écoutons d’abord le ton de la voix, puis le type de mots utilisés, et enfin la façon dont le candidat va essayer ou non d’influencer l’entretien.»

Au téléphone, Nick Day détecte les petits et les grands signes de mensonge: «Nous commençons toujours nos interviews dans un style très décontracté, pour sentir la voix normale du candidat, avant de passer aux questions difficiles. Quelqu’un de stressé a une voix qui part dans les aigus. Une respiration bloquée après une réponse est aussi un signe de stress, tout comme le fait d’avaler sa salive après avoir parlé.»

Toutefois, signale l’expert, le stress est un premier indicateur et non une preuve de mensonge. En moyenne, 5 à 10% des CV analysés par Diligence contiennent des inexactitudes, comme de faux chiffres ou des épisodes cachés. Et plus le poste à pourvoir est élevé, plus le nombre potentiel de mensonges augmente. «On a trouvé jusqu’à 20% de fausses informations chez des candidats pour des postes de dirigeant», affirme Nick Day.

A l’autre bout du fil, la construction des phrases et le choix des mots sont finement analysés, à chaud, par les enquêteurs de Diligence. «Quand les mots sont détachés et les phrases peu liées, c’est un indicateur de mensonge. Si, en plus, le candidat prend ses distances avec la question, on est alors dans une expression caractéristique de dissimulation», explique Nick Day. Et le spécialiste de citer Bill Clinton déclarant à la télévision à propos de Monica Lewinsky: «Je n’ai pas eu de relation sexuelle avec cette femme.» «Chaque mot était détaché, il parlait de sa maîtresse», analyse-t-il.

Autre cas de figure: si le candidat répond à une question par une autre question – «Comment aurais-je pu connaître cette entreprise?» – ou encore s’il manque de précision – «Je ne suis pas certain… Je ne me souviens pas…» –, «toutes ces mises à distance sont des indices d’inconfort et potentiellement de mensonge», précise le fondateur de Diligence.

Enfin, quand le candidat essaie d’influencer l’entretien, soit en étant agressif – «Comment pouvez-vous imaginer que…?» – soit à l’inverse en se montrant affaibli – «Vous m’inquiétez, je commence à douter…» – ou en étant sur la défensive – «Je suis quelqu’un de responsable et d’intègre». Tous ces exemples illustrent des stratégies pour influencer l’entretien et peut-être pour masquer quelque chose.

Comment repère-t-on un candidat honnête? «C’est celui qui reste calme et centré sur les questions qu’on lui pose», résume Nick Day. «S’il est mis en accusation ou injustement soupçonné, il sera évidemment surpris et sans doute inquiet, mais il n’aura pas peur d’entrer dans les détails. Il insistera pour comprendre de quoi on l’accuse. A l’inverse, une personne coupable tentera d’esquiver en passant à un autre sujet.»

Les clients de Diligence sont des fonds d’investissements ou des banques qui recherchent, en priorité, les éventuelles fraudes dans le passé des candidats. L’industrie pharmaceutique, elle, vérifie d’abord les compétences et les qualifications. Coût de cette recherche d’antécédents: environ 5000 francs.

«Le candidat honnête est celui qui reste calme et centré sur les questions qu’on lui pose»

«Le stress est un premier indicateur et non une preuve de mensonge»