STRATEGIE

AIG change de patron et affiche de nouvelles ambitions en Suisse

La protection des assurances du groupe est garantie, selon Emmanuel Brulé, son nouveau directeur général en Suisse, qui souligne l'indépendance de la branche européenne.

L'assurance n'est pas la banque. Les actifs et engagements de AIG en Suisse ne sont pas menacés. Ils restent en Suisse et ne peuvent sous aucun prétexte être transférés dans d'autres pays ou d'autres unités. La crise du leader mondial de l'assurance, qui a culminé avec l'intervention de la Fed et sa prise de participation de 79,9% au capital, ne se répercute pas sur la solidité des produits et de la société AIG Europe. Le système prudentiel appliqué en Europe garantit la protection des assurés et permet une véritable étanchéité, explique Emmanuel Brulé au Temps.

Ce dernier a été nommé directeur général de AIG en Suisse, une entité qui appartient à AIG Europe SA, située à Paris, chargée de la gestion des affaires d'Europe continentale. Elle dispose de son propre rating (S & P A+) et représente environ 20% des primes d'assurances dommages du groupe hors USA. Noyau historique de la société, l'assurance dommage (47% des primes) est l'axe stratégique du groupe aux yeux du nouveau président du groupe, Edward Liddy.

Des discussions se poursuivent par ailleurs sur la vente des autres activités du groupe dont notamment le leasing d'aviation, la gestion de fortunes et des unités d'assurance vie.

Rassurer et expliquer

Breton d'origine, Emmanuel Brulé a dirigé pendant cinq ans le marché de l'énergie pour le réassureur Scor, avant de prendre la responsabilité du marché français pour AIG en tant que directeur général adjoint. En Suisse, sa première tâche consiste à rassurer, communiquer et expliquer les conséquences de la crise de la maison mère américaine, à souligner surtout l'indépendance d'AIG Europe SA et de son conseil d'administration. Celle-ci est placée sous la surveillance des autorités françaises, alors que l'unité helvétique se trouve sous la vigilance de l'Office fédéral des assureurs privés (OFAP).

A la mi-septembre, l'OFAP s'est naturellement tenu informé de la mise à jour des engagements d'AIG en Suisse, engagements qui sont par ailleurs concentrés auprès de banques cantonales, selon Emmanuel Brulé. Résultat, «nous avons perdu très peu de contrats à renouveler au 1er octobre», souligne le responsable.

AIG est en Suisse depuis 51 ans et s'est longtemps concentré sur les grands comptes (multinationales) et les grandes PME. Avec 150 millions de francs de primes en 2007 et 60 employés à Zurich ainsi qu'un bureau de représentation à Genève, la société n'a pas de réseau de distribution propre.

Un marché plus difficile

En Suisse, le marché est plus cloisonné et difficile. Mais «je constate un fort besoin, auprès des grands groupes, de diversifier les solutions et de pratiquer, comme en Europe d'ailleurs, plus de coassurances ou d'assurances en ligne», relève Emmanuel Brulé.

L'assurance des dirigeants et des conseils d'administration des sociétés (D & O, responsabilité professionnelle,...) a toujours été un point fort d'AIG, y compris en Suisse où elle en est le leader. Chaque produit présente toutefois ses spécificités, si bien que le développement doit être local. L'expansion va se poursuivre sur ce créneau: «Nous venons de lancer un produit destiné aux caisses de pension offrant une protection importante contre les actions judiciaires dirigées contre les dirigeants ainsi que les caisses elles-mêmes.»

Pistes de développement

Mais la croissance des primes attendue pour 2008 se nourrit aussi d'autres pistes de développement, par exemple dans l'assurance des consommateurs. En Suisse, divers distributeurs offrent une assurance de produits dits nomades (téléphones et ordinateurs portables par exemple) à des fins de fidélisation ou de centre de profit.

Pour 2009, la stratégie de croissance sera alimentée par une pénétration plus sensible dans les PME. La crise ne semble donc pas trop laisser de traces. Emmanuel Brulé cherche d'ailleurs à embaucher, notamment des souscripteurs pour les grands comptes.

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