L'évolution incertaine des marchés traditionnels incite de plus en plus d'investisseurs à placer une part de leurs avoirs dans les hedge funds ou fonds de couverture. A tel point que d'aucuns s'inquiètent de l'émergence d'une bulle spéculative au vu de l'ampleur que prend ce phénomène. Rien que pour le deuxième trimestre 2001, les hedge funds ont bénéficié d'un afflux net de liquidités de 8,4 milliards de dollars au plan mondial, ce qui représente l'injection la plus élevée en un trimestre depuis plusieurs années, selon un rapport établi par la société Sector Analysis Ltd et repris par l'agence Bloomberg.

Quelles sont les implications de cet engouement pour un gérant de fonds centré sur les hedge funds? C'est qu'à mesure que se multiplient les fonds investissant dans ce type d'actifs non traditionnels, les gérants de fonds chevronnés sont de plus en plus difficiles à trouver, ainsi que le précise au Temps Stefan K. Kräuchi, managing Director de AIG Fund Management à Zurich et membre du comité d'investissement de AIG Diversified Fund (DSF).

«Les fonds d'un montant de 2 milliards ne sont plus au goût du jour. Les gérants tendent en effet à fermer leurs fonds lorsque ceux-ci atteignent la taille des 500 millions», explique encore le spécialiste zurichois. Au vu de ces contraintes, il est donc essentiel pour un responsable de fonds de hedge funds d'établir une relation durable avec les gérants de fonds.

Une performance nette de 12,3% sur un an

Depuis son lancement en avril 2000, AIG Diversified Strategies Fund (DSF) a réalisé une performance nette en dollars de 13,4% à fin juin. Sur les 12 derniers mois (à fin juin), celle-ci se monte à 12,3% alors que dans le même temps, l'indice SPI a reculé de 5%, l'indice Dow Jones de 0,5% et que le Nasdaq s'effondrait de 45%. Or les responsables d'AIG DSF se sont fixé pour objectif de dégager une performance comprise entre 12% et 15% par année, indépendamment de l'évolution des marchés traditionnels d'actions et d'obligations. L'intérêt de AIG DSF réside notamment dans le fait que les fonds de placement qui investissent dans des hedge funds se comptent sur les doigts des deux mains en Suisse, compte non tenu des sociétés de participations.

«En tant que gérant d'un fonds de fonds, notre philosophie d'investissement privilégie donc l'équilibre entre les différentes catégories de placement plutôt que des opérations de négoce à court terme d'un fonds à l'autre» commente Stefan K. Kräuchi. Et de justifier: «Dans la situation actuelle, dégager des tendances générales relève d'ailleurs quasiment de la mission impossible.»

D'où l'exigence d'une diversification non seulement au niveau des positions mais aussi des gérants des fonds, lesquels se comptent généralement au nombre de 15 à 20 spécialistes.

Car le risque majeur dans l'industrie des hedge funds est lié au manager – un risque qui comprend celui d'un départ du personnel clé, celui d'une exposition défavorable de la stratégie à des conditions de marché extrêmes, d'un contrôle insuffisant ou tout simplement le risque pour le manager de se tromper, si compétent soit-il. Exemple récent: à l'instar de nombreux autres arbitragistes, deux de ceux qui sont rattachés au style de placement «Special Situations» de AIG DSF, ont laissé des plumes en juin en misant sur la fusion de General Electric et de Honeywell, une fusion qui a finalement échoué en raison du veto mis par les autorités européennes de la concurrence. Mais le rapport mensuel du fonds précise que les pertes occasionnées par ce revers ont pu être compensées par les gains réalisés par d'autres managers dans d'autres «situations spéciales».

Performance négative en juin pour deux styles

Deux styles d'investissement de AIG DSF ont enregistré une performance négative en juin: «Opportunistic Trading», qui dément ainsi son appellation, et «Fixed Income». Pour «Opportunistic Trading», le recul s'explique par l'impact sur l'un des fonds du déclin général de la volatilité sur les marchés d'actions. Pour «Fixed Income», la performance a été pénalisée par un mois particulièrement difficile pour l'un de ses fonds d'arbitrage multistratégies. Ce dernier a en effet lui aussi souffert de son exposition à la fusion avortée GE/Honeywell, aux faiblesses des marchés de l'énergie et du commerce de détail ainsi qu'à d'autres placements effectués tant à la hausse qu'à la baisse (long/short). La catégorie «Fixed Income», qui vise à tirer profit des opportunités sur le marché obligataire, constitue actuellement le principal véhicule d'investissement du fonds DSF, puisqu'il représente un tiers de la fortune du fonds. Une fortune qui s'élevait à 113 millions de dollars (valeur d'actifs nette) à fin juin mais qui a été portée entre-temps à 138 millions de dollars.