Suppression du site genevois: c'est la dernière mesure décrétée par Air Engiadina pour assainir sa situation financière. En avril déjà, la jeune compagnie aérienne avait cédé un appareil à sa filiale autrichienne et supprimé les liaisons Berne-Düsseldorf et Berne-Lugano-Rome. A la suite d'erreurs reconnues par son fondateur Dietmar Leitgeb, l'entreprise a accusé une perte de 5,1 millions de francs en 1998 pour un chiffre d'affaires de 45 millions.

En 1997, Air Engiadina avait subi son premier revers avec un manque à gagner de 3 millions de francs. Tirant la leçon de ses échecs, la compagnie se repliera dès le 31 octobre sur son siège central à Berne, après avoir abandonné Zurich pour Genève il y a un peu plus d'un an. Grâce à cette mesure, à la suppression du poste de sous-directeur des opérations et à sa récente coopération commerciale avec KLM, Air Engiadina espère renouer avec les bénéfices en l'an 2000 déjà. Conséquence directe de la fermeture du site genevois: les employés, uniquement du personnel navigant résidant dans l'Arc lémanique, auront la possibilité de travailler à Berne. Quant aux clients, ils ne pourront tout simplement plus se rendre à Dublin et à Budapest sans escale, les deux uniques destinations d'Air Engiadina depuis Genève.

L'aéroport de Cointrin tentera de retenir la compagnie. En cas d'échec, il prendra contact avec d'autres entreprises pour maintenir ces liaisons. Si le permis de vol à destination de la capitale irlandaise peut être obtenu facilement par un repreneur intéressé, il n'en sera sans doute pas de même avec Budapest en raison d'accords bilatéraux restrictifs. Détails des raisons du retrait d'Air Engiadina avec son directeur, Charles Schnider.

Le Temps: Vous affirmez que la fermeture du site genevois s'imposait non pas par un nombre de passagers trop faible mais par l'insuffisance du nombre de vols. N'était-il pas possible alors d'ouvrir des lignes supplémentaires?

Charles Schnider: Ce retrait me fait d'autant plus mal au cœur que le taux de remplissage entre Genève et Dublin s'élève à plus de 60% et celui entre Genève et Budapest approche les 55% en juillet. Ceci dit, pour lancer de nouvelles destinations, il faut consentir à des investissements importants et attendre un ou deux ans pour les rentabiliser. Nous n'en avons pas les moyens (la couverture en fonds propres n'est que de 9,3 millions contre 16,2 initialement, n.d.l.r.).

– Envisagez-vous de revenir à Cointrin?

– Je reste persuadé que Genève est une bonne plate-forme, qu'il faut y revenir dès que possible. Mais ce n'est pas une promesse.

– Si Genève était tellement attractive, n'aurait-il pas été possible de faire des économies ailleurs pour maintenir votre présence?

– C'est le conseil d'administration qui a pris la décision.

– Les 15 employés du site genevois se verront offrir un emploi à Berne. Tous n'accepteront sans doute pas. Avez-vous déjà été interpellé?

– Pas encore. Je comprends qu'il soit difficile de quitter Genève pour Berne, mais nous ne pouvons rien offrir d'autre à ces employés. En fait, il est prévu dans leurs contrats que la compagnie est en droit de changer leur lieu de travail. C'est une pratique courante. N'oubliez pas que le personnel navigant alterne jours de travail avec plusieurs jours de congé.

– L'avion utilisé par la compagnie à Genève va-t-il être vendu?

– Non, il sera certainement repris par la filiale autrichienne que nous avons constituée le 1er avril.