Les 700 actionnaires d'Air Engiadina ont eu une mauvaise surprise lors de l'assemblée générale du 4 juin dernier: le rapport d'activité 1998 de la compagnie régionale basée à Berne-Belp montre une perte de 5,1 millions pour un chiffre d'affaire de 45 millions (contre -3 millions pour 44 millions en 1997), comme le rapporte la Berner Zeitung. «Nous avons fait des erreurs», reconnaît le fondateur et principal actionnaire (51%) d'Air Engiadina, Dietmar Leitgeb. «Parce ce que nous souhaitions acquérir une certaine importance, nous avons investi dans de nouvelles lignes, dont une partie s'est révélée non rentable. L'élimination de ces lignes nous a coûté plusieurs millions.»

Les conséquences pour le bilan de l'entreprise sont dramatiques: la couverture en fonds propres se réduit à 6,8 millions (elle était de 16,2 millions initialement). Sans l'apport personnel de Dietmar Leitgeb, qui a renoncé à une créance de 2,5 millions, la société aurait dû subir un assainissement sévère. Les fonds propres sont remontés à 9,3 millions.

Les vols vers Manchester, Lugano, Rome, Montpellier et Duesseldorf ont été fermées, la présence à Zurich-Kloten abandonnée. Depuis mars, Air Engiadina et sa filiale autrichienne Air Alps collaborent davantage avec KLM, qui met son réseau mondial de vente à disposition. Les avions d'Air Engiadina devraient être repeints aux couleurs de la compagnie hollandaise sous le nom «KLM Alps», mais cette alliance purement commerciale n'entraîne aucune injection de capital. Le taux d'occupation a grimpé de 49% en 1998 (147000 passagers) à 57% actuellement.

Les liquidités manquent toujours et Leitgeb confirme pour la première fois être à la recherche d'un investisseur. «Si quelqu'un me disait aujourd'hui qu'il veut participer à notre entreprise, je l'inviterais sans problème à la table des négociations», lâche-t-il dans le quotidien bernois. Il veut un financier, confirmation que KLM n'est pas intéressé par une entrée dans le capital d'Air Engiadina. Le temps presse: si l'exercice 1999 affiche une perte supérieure à 1,9 million, une nouvelle injection d'argent frais sera indispensable pour échapper au dépôt de bilan.

En mars, l'investisseur saoudien Hani Yamani avait manifesté son intérêt pour Air Engiadina, dans le cadre de son plan de redémarrage du projet SWA. Dietmar Leitgeb confirme sa grande réticence: «C'était un show. M. Yamani voulait seulement déplacer notre société à Genève et en changer le nom. Inacceptable pour nous.» A l'époque, contacté par Le Temps, Hani Yamani avait fait remarquer que Leitgeb survalorisait sa compagnie et cachait d'importantes difficultés de trésorerie. Air Engiadina dessert Berne, Budapest et Dublin au départ de Genève.

T. M. avec J.-L. W.