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La grève du personnel a fait perdre 300 millions d’euros de chiffre d’affaires au groupe Air France-KLM depuis fin février.
© PHILIPPE LOPEZ/AFP

Conflit salarial

Air France fait craindre le grounding

La compagnie aérienne semble dans l’impasse. La débâcle de Swissair, il y a plus de seize ans, fait penser aux observateurs suisses que sa faillite n’est pas impossible

Un collectif de salariés d’Air France, baptisé «Tous Air France», s’est constitué mercredi afin de rétablir le dialogue au sein de la compagnie aérienne française, enlisée dans une crise qui pèse sur ses résultats. Le cours de l’action, actuellement à 8,60 francs, s’est effondré de 18% en un mois. En cause, la démission du président Jean-Marc Janaillac suite au rejet de son projet de sortie de crise soumis aux salariés le 4 mai dernier. Mais aussi les quinze jours de grève menés par les syndicats, qui réclament une augmentation générale des salaires de plus de 5%.

Lire aussi: Le PDG d’Air France démissionne, désavoué par les salariés

Les discussions sont au point mort dans l’attente de l’assemblée générale du groupe Air France-KLM, prévue le 15 mai prochain. Les grèves lui ont coûté 300 millions d’euros et, à ce stade, personne ne sait comment faire sortir le transporteur du trou d’air qu’il traverse. Pas même Bruno Lemaire, ministre français de l’Economie. Celui-ci exclut tout sauvetage financier de la part de l’Etat français, qui détient 14% d’Air France-KLM, ce qui en fait son actionnaire majoritaire. «Si Air France ne fait pas les efforts de compétitivité nécessaires, elle disparaîtra», a-t-il averti sur Twitter. Le transporteur français va-t-il au crash? Dans un secteur désormais très concurrentiel, la mort d’une compagnie aérienne n’a plus rien de tabou, comme l’a montré celle d’Air Berlin en 2017.

Tout est possible

La situation n’est pas sans rappeler celle de Swissair, dont le grounding, le 2 octobre 2001, est encore dans toutes les mémoires. En tout cas dans celle de Jean-Pierre Jobin, qui était directeur général de l’aéroport international de Genève le jour où la flotte entière de la compagnie nationale est restée clouée au sol faute de liquidités. «A l’époque, personne ne pouvait imaginer que Swissair puisse faire faillite, se souvient ce passionné. Et pourtant, c’est ce qui s’est passé. C’est pourquoi je pense que tout est possible, y compris pour Air France.»

Les différences entre les deux situations sont pourtant nombreuses, la première étant que Swissair était en grave difficulté financière. «La compagnie a perdu 3 millions de francs par jour pendant un an et demi, dit Jean-Pierre Jobin. Air France, au contraire, affiche de bons résultats.» Le groupe Air France-KLM, qui transporte 100 millions de passagers par an, a réalisé un bénéfice en hausse de 42% en 2017. Au sein du groupe, les performances des deux sociétés ne sont cependant pas les mêmes: le chiffre d’affaires d’Air France est certes plus élevé que celui de la compagnie néerlandaise, mais ses bénéfices sont inférieurs: 588 millions d’euros en 2017, contre 910 millions pour KLM. Même en tenant compte de la dette de la holding, qui se montait à 1,66 milliard en 2017, la situation financière d’Air France est donc loin de celle de Swissair il y a près de dix-sept ans.

L’autre différence est managériale: l’échec de Swissair est largement dû à des erreurs de gestion, avec notamment des investissements à l’international trop coûteux. Rien de semblable du côté d’Air France, qui n’a pas dangereusement éparpillé ses activités. Ce qui pèche, de l’avis de tous les experts, ce sont les coûts de fonctionnement, beaucoup trop élevés. C’est pourquoi ses performances sont maigres, et le nœud de l’affaire est bien celui des salaires.

Menace politique

Dans ce contexte de bras de fer politique, un éventuel grounding est brandi comme une menace par les dirigeants du groupe pour faire pression sur les salariés. En Suisse, le grounding a également été utilisé à des fins politiques, estime Jean-Pierre Jobin. «Face au refus du Conseil fédéral de mettre la main à la poche, le directeur Mario Corti a laissé la situation dégénérer. Les avions coincés sur le tarmac ont suffi à réveiller Berne.»

Andreas Wittmer, économiste à l’Université de Saint-Gall et spécialiste du sujet, souligne que «l’industrie du transport aérien n’est plus rentable – les marges sont à peine de 1 à 2%. La concurrence est rude et les passagers ne sont plus prêts à payer cher. Maintenir les salaires des commandants de bord à environ 300 000 euros par an, comme c’est le cas chez Air France mais aussi chez Lufthansa, est une absurdité par rapport au marché.»

Pour l’expert, le grounding de Swissair a surtout servi à diminuer les charges de la compagnie. «En faisant faillite, elle a pu licencier tout le monde et repartir à zéro. Les salaires ont diminué de 40% et personne ne s’est plaint, car ils étaient contents d’avoir un emploi.» Une solution radicale pour échapper aux obligations du droit du travail, mais aussi aux grèves.

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