Le britannique BOC, numéro deux mondial des gaz industriels, va être dépecé après plus d'un siècle d'existence si ses concurrents français Air Liquide et américain Air Products parviennent à lui mettre la main dessus pour 7,2 milliards de livres (17,7 milliards de francs). Le conseil d'administration de BOC a recommandé leur offre mardi. Elle reste soumise, outre l'accord des actionnaires de BOC, à l'obtention du feu vert des autorités de la concurrence.

Air Liquide, le numéro un mondial qui porterait sa part de marché à 24%, et Air Products, le numéro quatre, ont affiché leur certitude de réussir, alors que des analystes jugeaient le calendrier «très optimiste» et redoutaient des difficultés. «La forme de l'offre tient compte des questions de concurrence, territoire par territoire», estime le PDG d'Air Liquide Alain Joly. «Nous sommes très confiants de pouvoir obtenir le feu vert d'ici à six mois», a renchéri son homologue d'Air Products, Hap Wagner, qui a minimisé les inquiétudes possibles du côté de Bruxelles car Air Liquide n'est pas implanté en Grande-Bretagne où il reprendrait les activités de BOC. Mais il a reconnu que l'accord des autorités américaines pourrait être plus difficile, les trois groupes étant implantés dans le pays. Une vente d'actifs pourrait s'imposer. Le marché des gaz industriels pesait 31 milliards de dollars en 1998, dont 18% pour Air Liquide, 14% pour BOC et 9% pour Air Products.

BOC a dégagé l'an dernier un bénéfice imposable de 247,2 millions de livres pour un chiffre d'affaires de 3,54 milliards. Le groupe employait quelque 37 000 personnes en septembre mais a engagé de nombreuses suppressions d'emplois dans le cadre d'une restructuration. Alain Joly affirme qu'hormis les Etats-Unis, il ne devrait pas y avoir de nouvelles «suppressions d'emplois significatives». Les syndicats britanniques évoquent néanmoins un «désastre pour les emplois». Frappé par la crise asiatique, BOC faisait l'objet de rumeurs de rachat depuis 1997 et avait reçu une série d'approches depuis janvier. Faute d'espoirs de surenchère et en raison des incertitudes entourant le feu vert des autorités de la concurrence, le titre BOC baissait de 35 pence à 1352 à la Bourse de Londres. L'offre d'Air Liquide et Air Products s'élève à 1460 pence cash par action soit 14% de plus que le 5 juillet, dernier jour avant l'annonce d'une reprise des discussions avec BOC.