Immobilier

Airbnb offre 1500 logements en ville de Genève

Une étude cartographie la densité d’annonces suisses publiées sur le site américain. Dans le pays, Wüest & Partner a recensé 15 500 adresses. Les professionnels du tourisme et de l’hôtellerie se sont résolus à cette concurrence. A condition qu’elle devienne loyale

L’uberisation gagne le marché immobilier. Pour les professionnels, c’est déjà une certitude. La manière dont les investisseurs, les régies ou les hôteliers doivent s’adapter à ces nouvelles donnes numériques reste par contre à déterminer. Wüest & Partner s’est donc penché sur ces modèles d’affaires qui pourraient bouleverser le secteur.

Dans son «moniteur immobilier de printemps», présenté mardi à Genève, le bureau de conseil immobilier s’est intéressé à la mobilité du futur – aux voitures sans conducteur, au car sharing, à l’e-commerce ou au projet «Cargo souterrain». Associés à Datahouse, une société spécialisée dans le traitement de données, ses analystes se sont aussi intéressés au phénomène Airbnb – un site américain de location et de réservation de logements entre particuliers – et à son implantation en Suisse. Résultat: 15 500 logements pouvant accueillir jusqu’à 55 000 personnes, soit presque un quart de l’offre hôtelière nationale de 240 000 lits.

Réduire le nombre de lits froids

Près de 40% de ces adresses sont concentrés sur cinq villes: Zurich, Bâle, Lausanne, Berne et Genève. Dans la seule cité de Calvin, pas moins de 1500 annonces ont été décomptées. Pour comparaison, l’ensemble du canton de Genève compte environ 120 hôtels. Une autre étude, publiée par l’Observatoire valaisan du tourisme, fin 2015, a calculé qu’Airbnb équivaut à 17% de l’offre hôtelière genevoise. Vaud (19%) et le Valais (25%) seraient, eux, largement au-dessus de la moyenne nationale de 13%.

Si Airbnb fait émerger dans les villes une offre supplémentaire pour les personnes de passage – touristes, homme d’affaires, congressistes ou étudiants, son rôle est différent dans les stations alpines, note Wüest & Partner: la plate-forme est surtout utilisée comme un canal de distribution pour des propriétaires qui, jusqu’ici, ne les mettaient pas en location. «Cela pourrait permettre de réduire le nombre de lits froids», suggère l’étude.

Les mêmes revendications

Cette concurrence, les professionnels s’y sont peu à peu habitués. En revanche, ils s’estiment lésés par l’opacité de la plate-forme. Leurs revendications n’ont pas changé: «Les hôteliers n’en veulent pas à ce nouvel acteur, précise Philippe Thuner, le président de l’Association romande des hôteliers (ARH). Toute concurrence est stimulante, à condition d’être loyale et que les règles du jeu, notamment légales, soient les mêmes pour tout le monde. C’est loin d’être le cas».

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Les transactions opérées via Airbnb échappent très souvent aux administrations. C’est aussi le problème soulevé par Joel Sciboz, directeur de l’office du tourisme de Verbier. Sur le site, quelque 280 offres proposent un logement dans la station. Et pour l’ensemble Verbier-Val de Bagnes-La Tzoumaz, l’Observatoire valaisan du tourisme a estimé qu’avec 1516 lits offerts, Airbnb a dépassé l’hôtellerie bagnarde classique et ses 1503 lits, l’an dernier.

Parmi ces alternatives figure un nombre indéterminé de logeurs qui «ne font pas payer de taxe de séjour», déplore Joel Sciboz. «On ne connaît pas les propriétaires et il nous est impossible de les identifier». Des mesures vont être prises rapidement, annonce-t-il. «Nous allons inciter les touristes à venir payer leur taxe en leur offrant, par exemple, une carte de mobilité». C’est toutefois une adaptation par défaut. Dans l’idéal, poursuit Joel Sciboz, il faudrait qu’Airbnb devienne un collecteur de taxes de séjour, comme c’est le cas à Paris, par exemple. «Mais nous sommes trop petits pour pouvoir les y inciter».

Petit-déjeuner inclus

Face à cette offre pléthorique et bien organisée, Bed and Breakfast Switzerland, qui regroupe les chambre d’hôtes de quelque 900 logeurs privés, veut souligner ses différences: une classification étoilée et contrôlée qui «évite les mauvaises surprises», vante sa responsable, Dorette Provoost. Un petit-déjeuner inclus «qui ne l’est pas dans la majeure partie des logements sur Airbnb, malgré la présence d’un deuxième B dans leur nom». Ou encore, l’absence de commission pour le client.

Mardi, Bed and Breakfast Switzerland a annoncé la refonte de son site internet et la mise en ligne imminente de son application pour smartphones. «Ce n’est pas une réponse directe à Airbnb, jure sa responsable. Avoir une présence en ligne était une nécessité bien avant son arrivée».

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