Elle se sera fait désirer. Airbnb semble être enfin prête à faire son entrée en bourse (IPO). Après un premier report en 2019, la plateforme spécialisée dans la location de logements de vacances avait annoncé au mois d’août son intention de franchir le pas cette année encore, malgré les vents contraires que le tourisme affronte.

Marqué par la mise à disposition de données relatives à sa performance financière, le lancement des opérations était attendu jeudi. Selon l’agence d’information financière Bloomberg, il devrait finalement avoir lieu la semaine prochaine. La licorne californienne ne veut pas pâtir de l’attention que l’élection présidentielle accapare toujours de l’autre côté de l’Atlantique.

Si cet agenda est suivi, les premiers échanges au Nasdaq pourraient survenir à la mi-décembre. Les dirigeants d’Airbnb espèrent réaliser une des meilleures IPO de l’année en levant 3 milliards de dollars. Une telle somme porterait sa valorisation à 30 milliards. «Le montant est peut-être un peu élevé», juge Sam Dickens. Responsable de portefeuille chez IG Bank, il valorisait l’entreprise à 25 milliards de dollars en août. Mais l’annonce de la possible arrivée d’un vaccin ces prochaines semaines, laissant présager un retour à une certaine normalité, pourrait lui profiter, souligne l’expert. Il attend les dernières données relatives à la santé financière de la société pour se prononcer.

Un pari risqué

Après un arrêt de trois mois ce printemps, le marché des IPO a connu une dynamique vigoureuse aux Etats-Unis et en Chine. Selon Bloomberg, 140 milliards de dollars ont été engrangés par les entreprises nouvellement cotées à Wall Street. En septembre, la firme Snowflake, spécialisée dans l’hébergement de données (cloud computing), a atteint une valorisation de 67 milliards de dollars. Du jamais-vu dans l’industrie du logiciel qui profite de l’accélération numérique provoquée par la pandémie.

Airbnb évolue dans une branche bien plus malmenée. En mai, pour faire face à l’effondrement de la demande, Brian Chesky, fondateur de l’entreprise en 2008, s’est résolu à licencier 1900 employés, soit un quart de ses effectifs. Toujours selon des informations obtenues par Bloomberg, le chiffre d’affaires de la plateforme a chuté à 337 millions de dollars au deuxième trimestre 2020, 67% de moins que l’année dernière.

Une longueur d’avance sur la concurrence

«Airbnb a ensuite mieux réussi à tirer son épingle du jeu que ses concurrentes, observe Miriam Scaglione, professeure à la HES-SO Valais, car les gens ont privilégié les maisons de vacances adaptées à un séjour cocooning, jugé moins risqué pour la santé.» Selon les estimations de l’institut de tourisme de la HES-SO, la baisse des recettes en Suisse a par exemple pu être contenue à 4% en Suisse en juillet sur un an.

Airbnb espère que l’agilité dont elle juge avoir fait preuve convaincra les investisseurs, s’estimant mieux positionnée que Booking ou Expedia pour les années à venir. Une analyse partagée par Miriam Scaglione: «Airbnb dispose d’un inventaire plus important dans les objets en phase avec la demande actuelle. En outre, sa notoriété dans ce type de logements est plus grande.»

Après avoir chuté en mars, les actions de Booking et d’Expedia ont repris des couleurs. Vendredi, à la mi-séance, elles valaient respectivement 7 et 29% de plus qu’un an plus tôt.

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