L'avionneur européen Airbus a dévoilé mercredi les détails de son traitement de choc, soit 10000 suppressions d'emplois et la future cession de six usines.

L'inquiétude était de mise chez les salariés des sites français et allemands concernés. A Varel, Nordenham et Laupheim, les ouvriers ont cessé le travail mercredi. En France, des débrayages et des rassemblements ont ponctué la journée dans plusieurs usines.

La France sera la plus touchée par ces réductions d'effectifs prévues sur quatre ans, avec 4300 emplois, contre 3700 en Allemagne, 1600 en Grande-Bretagne et 400 en Espagne, a détaillé devant la presse le PDG d'Airbus, Louis Gallois. Le plan «Power8» prévoit d'économiser 2 milliards d'euros annuels à partir de 2010 et de dégager 5 milliards de trésorerie d'ici là, pour compenser le manque à gagner lié aux retards de l'avion géant A380 et la faiblesse du dollar.

Une chaîne par appareil

Airbus cèdera en revanche trois usines en Allemagne, contre deux en France et une en Grande-Bretagne, soit six sur seize. La moitié des suppressions d'emplois concerneront les intérimaires et les sous-traitants, les 5000 restants touchant les effectifs «de structure» d'Airbus (hors production). Ces coupes se feront par mesures volontaires et départs anticipés en retraite. Airbus «pourrait devoir envisager des mesures supplémentaires» après un bilan dans 10 à 18 mois.

Concernant la répartition des tâches entre France et Allemagne, le futur A350 sera assemblé à Toulouse, tandis que Hambourg verra sa charge de travail augmenter sur la famille à succès des monocouloirs A320, dont il assemblera également la prochaine génération. Louis Gallois souhaite à l'avenir «une chaîne d'assemblage par appareil».

La chancelière allemande Angela Merkel, dont le pays avait défendu avec véhémence ses intérêts, a estimé que le plan «respectait le principe de l'équilibre» entre la France et l'Allemagne. En fait, il résonne comme une victoire claire pour le gouvernement allemand, très présent ces dernières semaines sur ce dossier, qu'il juge de la première importance. Non seulement parce qu'il s'agit de la sauvegarde d'emplois très qualifiés mais également du maintien en Allemagne de compétences sur des technologies d'avenir. L'affaire pourrait marquer une césure dans la politique industrielle outre-Rhin.

Plus d'engagement

Si le sujet est toujours un peu tabou, certains hommes politiques, notamment à la CSU bavaroise, pensent que l'Allemagne doit encore plus s'engager à l'avenir, comme certains Länder l'avaient fait au moment de la création d'Airbus.

A Toulouse, le sentiment était que l'impact de «Power 8» sera très sévère pour la France. Surtout, les personnels français se sont émus de comprendre que, à l'avenir, le cœur d'Airbus devrait pencher en Allemagne.

Interrogé sur ce déséquilibre, Louis Gallois a tenté de calmer les esprits, estimant que les sacrifices entre les quatre pays partenaires d'Airbus étaient équitablement répartis.