Le constructeur européen Airbus veut égaler la rentabilité de Boeing

Aéronautique Les carnets de commandes du groupe de Toulouse débordent

La société va augmenter sa production pour doper ses bénéfices

Tom Enders peut se frotter les mains. Le président exécutif du Groupe Airbus (ex-EADS), maison mère de l’avionneur européen, a annoncé, mercredi 26 février, au siège du groupe à Toulouse, un chiffre d’affaires en hausse de 5% en 2013, qui a culminé à 59,3 milliards d’euros. L’an passé, le Groupe Airbus a dégagé un résultat net de 1,5 milliard d’euros, en progression de 22%.

Plus encore que ces bons résultats, «major Tom», comme on le surnomme, a trouvé la recette pour atteindre l’objectif de 10% de rentabilité qu’il a fixé au Groupe Airbus. Pour toucher ce Graal, le patron a annoncé une forte augmentation des cadences de production de son avion best-seller, le moyen-courrier A320, notamment dans sa version Néo la plus économe en carburant.

En pratique, à partir du deuxième trimestre de 2016, les cadences de production de l’A320 passeront progressivement de 42 appareils par mois à 46. A en croire certains analystes financiers, le Groupe Airbus pourrait même, à terme, produire jusqu’à 50 A320 par mois.

Il faut dire que les carnets de commandes d’Airbus sont pleins à craquer. Plus de dix mille (10 196) A320 ont déjà été commandés et 5723 doivent encore sortir des chaînes de l’avionneur, s’est réjoui Tom Enders: «L’A320 Néo est entré dans sa phase d’assemblage et le premier vol aura lieu en septembre.»

La décision de monter en cadence est unanimement saluée par les marchés. «Airbus sort d’un long cycle de développement», pendant lequel il a beaucoup investi pour développer de nouveaux programmes tels les long-courriers A380 et le dernier-né A350, constate Stéphane Al­bernhe, président du cabinet de conseil Archery Strategy Consulting. Aujourd’hui, tous les programmes d’Airbus arrivent ou sont sur le point d’arriver à maturité. Un autre analyste abonde dans le même sens: «L’A380, qui perdait de 600 à 700 millions d’euros par an, sera à l’équilibre en 2015 et l’avion militaire A400M en termine avec ses ennuis mécaniques.» Selon lui, «le Groupe Airbus est maintenant entré dans une phase de production». Il faut comprendre que le groupe va enfin toucher les bénéfices de ses investissements.

Avec l’augmentation des cadences de production de l’A320, Airbus va «bénéficier d’un effet d’échelle et d’un effet d’expérience», explique Stéphane Albernhe. Selon le président du cabinet de conseil Archery Strategy Consulting, «mécaniquement, la rentabilité d’Airbus va s’améliorer». Elle devrait aussi bénéficier de l’absence de nouveaux programmes très gourmands en cash.

L’A350, qui poursuit sa campagne de certification et dont le premier exemplaire sera livré fin 2014, aura coûté de 12 à 13 milliards d’euros. «Airbus a décidé de ne pas produire de nouvel avion, ils n’auront donc pas à supporter de coûts importants pendant un long moment», se félicite un analyste.

Tom Enders ne dit pas autre chose. Selon lui, «2014 sera marquée par l’exécution de nos programmes». En clair, Airbus va augmenter ses productions pour doper son chiffre d’affaires et ses bénéfices. Et, in fine, sa marge.

Le patron du Groupe Airbus se dit «confiant» pour atteindre ses prévisions de rentabilité. Il parie sur 7 à 8% de marge en 2015. Sans les surcoûts liés au développement de l’A350, la rentabilité serait même de 10% en 2015.

Selon les analystes, un tel chiffre n’a rien d’exceptionnel. Le rival américain Boeing «dégage 7,5% de rentabilité et même 11% pour sa seule branche d’aviation commerciale, pointe Stéphane Albernhe. Un résultat obtenu malgré les déboires du 787 qui ont coûté énormément d’argent à Boeing en 2013.»

Toutefois, s’interroge cet analyste, «la date de 2015 est-elle un objectif réaliste?». 2014 «sera une année très chargée», a promis Tom Enders. Elle sera marquée par la restructuration, entamée depuis janvier, de la branche Défense et Espace du groupe où 5800 suppressions de postes sont attendues.

Sans surprise, les syndicats ne partagent pas l’optimisme de la direction. «On marche sur la tête», déplore Xavier Petracchi, délégué CGT d’Airbus. Selon lui, la direction «préfère satisfaire les actionnaires plutôt que de privilégier le produit et les clients». Pourtant, au grand dam des marchés financiers, le Groupe Airbus a décidé de se montrer moins généreux que prévu avec ses actionnaires. De son côté, la CGT souhaiterait que la bonne santé d’Airbus rejaillisse sur «toute la communauté de travail, sur les sous-traitants». En effet, rappelle Xavier Petracchi, «un avion est seulement produit à 30-40% chez Airbus et le reste chez les sous-traitants».

Les syndicats voudraient qu’Airbus continue à innover en lançant de nouveaux programmes. Ils aimeraient notamment un successeur au Beluga. Un appareil géant qui sert au transport des tronçons de carlingues des avions entre les différents sites d’Airbus en Europe. Pour l’heure, la direction d’Airbus a refusé de s’engager sur un tel programme. En revanche, le groupe a confirmé qu’il développait une version régionale de son long-courrier A330, spécialisé pour le marché asiatique, et notamment la Chine, capable de transporter jusqu’à 400 passagers.

Aujourd’hui, tous les programmes d’Airbus arrivent ou sont sur le point d’arriver à maturité