Le groupe canadien Alcan a de la suite dans les idées. Il vient de lancer une offre publique d'achat (OPA) sur son concurrent français Pechiney. Montant de la transaction: plus de 5 milliards de francs. Cette opération survient trois ans après l'échec d'une fusion à trois, Alcan, Algroup (ex-Alusuisse) et Pechiney. A l'époque, les autorités européennes avaient bloqué le projet de regroupement de ce trio. A la fin de l'an 2000, Alcan s'était finalement uni à Algroup, pour devenir le numéro deux du secteur, derrière l'américain Alcoa-Reynolds.

«Nous considérons cette offre comme inamicale, car elle s'est faite sans concertation, à l'inverse des discussions qui ont eu lieu il y a trois ans», assure Jean-Claude Nicolas, directeur de la communication de Pechiney. Dans un proche avenir, le conseil d'administration du groupe français doit se réunir pour en discuter, mais d'ores et déjà Pechiney considère que «le prix de cette offre est sous-évalué, tant au niveau de la valeur économique que stratégique du groupe».

Alcan propose 123 euros en espèces par action Pechiney plus trois actions Alcan pour chaque paquet de cinq titres Pechiney. L'offre valorise le titre du groupe français à 41 euros par action, soit une prime de 20,5% par rapport au cours de clôture de vendredi (34,02 euros). On est loin du pic des 78,85 euros du 10 janvier 2000, même si l'action Pechiney a terminé la séance de lundi à 42 euros, en hausse de 23,46%, soit au-dessus de l'offre d'Alcan.

Il n'empêche, Pechiney trouve l'OPA «risquée, incertaine et peu intéressante pour les actionnaires, principalement privés et institutionnels». Pour l'heure, le groupe français affirme ne pas chercher un chevalier blanc pour contrer cette offre, alors que les marchés susurrent le nom du norvégien Norsk Hydro (numéro quatre mondial) comme potentiel partenaire de «rechange».

Cessions prévues

De son côté, Alcan est sûr de lui, puisqu'il espère que l'opération sera finalisée d'ici quatre à cinq mois. Il s'est mieux préparé qu'en 2000 pour obtenir l'aval de Bruxelles, en se disant prêt à des cessions d'actifs pour répondre aux exigences concurrentielles de la Commission européenne. Il a déjà annoncé qu'il serait prêt à vendre les laminoirs de Pechiney de Neuf-Brisach et celui d'AluNorf – spécialisé dans l'emballage (canettes d'aérosol et cartouches en aluminium) –, qui avaient fait échouer le précédent projet de fusion à trois. Ces deux cessions représenteraient au maximum 4 à 5% du chiffre d'affaires pro forma du nouveau groupe, qui s'élèverait à 21 milliards de dollars.

Pour Alcan, l'objectif de cette fusion est d'économiser 250 millions de dollars par an avant impôts grâce aux synergies occasionnées par ce rapprochement. Les parts de marché que prévoit le futur groupe sont de 44% en Europe, 34% en Amérique du Nord et 22% dans le reste du monde. Dans sa proposition, Alcan assure que le siège de Pechiney resterait à Paris et les bureaux de la nouvelle entité seraient basés en France, en Suisse, aux Etats-Unis et au Brésil. Il établirait son siège mondial pour les activités d'emballage, pour ses activités d'aluminium primaire et de développement des nouvelles technologies de cuves en France. Il serait aussi en train de réfléchir à y mettre son siège mondial pour les produits aéronautiques et usinés, sachant que Pechiney est le principal fournisseur d'Airbus et de Boeing.

L'ensemble devrait employer 88 000 personnes dans 50 pays. Le groupe canadien s'est, en outre, engagé à conserver les effectifs du français – 34 000 salariés – et à conserver l'équipe actuelle de la direction, y compris Jean-Pierre Rodier, président-directeur général de Pechiney. Voilà qui est déjà bien réfléchi, reste à savoir si Bruxelles acceptera, cette fois-ci, ce deuxième essai.