La bataille des titans de l'aluminium qui s'engage avec l'OPA d'Alcoa sur Alcan provoquera sans doute quelques dégâts collatéraux sur territoire suisse. Les deux entreprises américaine et canadienne y sont en effet implantées, chacune à leur manière.

Alcan arrive en Valais en 2000 en fusionnant avec la légendaire Alusuisse, présente à Steg et Sierre depuis un siècle. Une fusion qui fera passer progressivement le nombre d'emplois de 1586 à moins de 950, au gré de divers soubresauts. En 2005, c'est notamment la séparation d'avec Novelis et son laminoir de tôles. Mais surtout l'an dernier la fermeture de l'électrolyse de Steg: 180 emplois à la trappe. Raison invoquée: le prix de l'énergie qui n'était plus concurrentiel en Valais, un problème pas spécifiquement local «ni même européen mais mondial» comme était venu l'expliquer sur place Michel Jacques, le président d'Alcan Produits, invoquant des tarifs deux fois inférieurs au Canada ou en Océanie par rapport à l'Europe. Bref un climat pas franchement serein avec par exemple cette déclaration d'un membre de la commission du personnel devant le Conseil d'Etat: «A Alcan, tous les jours, on nous parle de grande famille. Aujourd'hui, au moins, on sait que les parents sont des menteurs.»

Quant à Alcoa, son quartier général pour l'Europe se situe à Genève, d'où sont dirigées ses quatre principales entreprises d'aluminium sur le Vieux Continent: métaux bruts, extrusion, produits laminés, systèmes orientés vers le bâtiment et la construction. En 2006, Alcoa avait rapatrié à Genève les employés de son bureau lausannois. Via sa fondation d'entreprise basée à Pittsburgh et spécialisée dans le financement de projets liés à l'éducation et au développement durable, Alcoa sponsorise la journée annuelle de grand nettoyage du lac Léman. Là, c'est plutôt Alcan qui risque de se faire poutzer.