«En me rendant chez vous, mon entourage m'a dit que je venais me jeter dans la gueule du loup.» Doris Leuthard, qui participait, en tant que ministre de l'Economie, mercredi à Domdidier (FR), à la grande fête d'inauguration du centre de distribution romand du groupe Aldi, n'a pas nié les questions ouvertes par la présence croissante du discounter allemand en Suisse.

«Je suis aussi venue pour parler du partenariat social avec la direction et le conseil d'administration, note-t-elle. J'ai encouragé syndicats et patronat à se mettre autour de la même table.» Aldi se refuse à signer une convention collective de travail: «Nous ne sommes pas les seuls et nous versons des salaires supérieurs à la moyenne de la branche», explique Sven Bradke, porte-parole extérieur du groupe allemand, qui a ouvert 80 magasins en Suisse et vise un objectif de «plusieurs centaines». Sven Bradke défend aussi le principe des contrats à temps partiel avec des horaires d'une très grande souplesse. «Le personnel est averti suffisamment tôt des changements d'horaire», note-t-il.

Le centre de distribution de Domdidier, destiné à desservir 70 magasins, est le plus important de l'entier du groupe Aldi Sud, qui regroupe une quinzaine de pays. L'investissement, de 140 millions de francs, a dépassé les prévisions, en raison de l'instabilité du terrain. Le siège administratif et le vaste entrepôt, qui verra, à terme, défiler 200 camions par jour, repose sur 7300 pieux. 120 personnes travaillent dans des locaux qui en accueilleront bientôt 200. En Suisse, Aldi a créé 1600 emplois.

Les responsables du groupe refusent de rencontrer la presse et ne diffusent aucun chiffre autre que le nombre de magasins, celui des employés, et des détails techniques d'investissement. Leur communication passe par des bureaux spécialisés et c'est tout juste, comme nous en avons fait l'expérience hier, si les employés peuvent dévoiler le nom de leur patron.

Environnement modifié

Aldi, qui sera bientôt confrontée à l'arrivée de Lidl, dit «ne pas s'occuper de ce que fait la concurrence». Sa présence modifie pourtant l'environnement du marché de détail. «Je suis ici parce que le Conseil fédéral s'est donné comme priorité de lutter contre l'îlot de cherté», explique Doris Leuthard. Le groupe allemand mène en ce moment une campagne pour se donner une image suisse. La conseillère fédérale s'est prêtée au jeu, en saisissant, devant les caméras, un fromage suisse vendu par le groupe allemand. Le label suisse exposé mercredi dans la Broye fribourgeoise touche une centaine de produits sur le millier proposé par le groupe.