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Quels sont les aléas d’une préretraite?

40% des personnes partent en retraitent avant 65 ans. Les pertes de revenus peuvent être massives. Les pièges à éviter

Même si les Suisses exercent une activité plus longtemps que d’autres, environ 40% des personnes arrêtent de travailler avant l’âge légal de la retraite. Les départs sont parfois très précoces. «En 2010, 10 000 personnes ont pris leur retraite avant 62 ans. Cela correspond à 18% des retraites prises cette année-là», selon le message du Conseil fédéral pour la réforme prévoyance vieillesse 2020.

Aujourd’hui, près de 60% des assurés sont soumis à un règlement de prévoyance prévoyant un départ à partir de 58 ans. La baisse de revenu que représente une rente de préretraité par rapport au dernier salaire est souvent douloureuse, selon les situations.

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Si un assuré est propriétaire d’une maison dont l’hypothèque est faiblement amortie, ou n’a pas de troisième pilier, la situation financière peut être très compliquée

D’une part, il faut savoir que la rente AVS est réduite de 6,8% par année d’anticipation. D’autre part, pour le deuxième pilier, le taux de conversion est sensiblement réduit. La rente est d’autant particulièrement faible pour les assurés qui n’ont qu’un faible avoir de vieillesse en raison d’un travail à temps partiel ou d’une période d’interruption des cotisations. «Si un assuré est propriétaire d’une maison dont l’hypothèque est faiblement amortie, ou n’a pas de troisième pilier, la situation financière peut être très compliquée», confirme Felix Schneuwly, expert auprès de Comparis. Ce dernier indique préparer un comparateur du deuxième pilier pour mieux évaluer ce qu’une personne gagne à la retraite.

Accélération de prestations complémentaires

Dans les cas les plus difficiles, les assurés doivent faire appel aux prestations complémentaires (PC). D’ailleurs, l’effectif des bénéficiaires de PC s’élève à 309 400 personnes en 2014 pour un montant total de 4,7 milliards de francs, selon l’Office fédéral des assurances sociales (Ofas). Le nombre de bénéficiaires s’est accru de 2,9% en un an, mais, «la progression a tendance à s’accentuer», indique l’Ofas.

C’est d’ailleurs pour répondre à ce type de risque que la réforme Berset prévoit qu’un départ en préretraite ne soit possible qu’à partir de 62 ans.

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Actuellement, dans l’AVS, l’anticipation de la rente n’a aucune influence sur l’obligation de cotiser. Celle-ci s’arrête à l’âge légal, selon le Conseil fédéral. Cette obligation suscite souvent l’incompréhension. Elle sera d’ailleurs supprimée lors de la réforme. Si l’époux ou l’épouse de la personne en préretraite travaille et dispose d’un certain revenu, le (la) préretraité (e) n’est pas tenu de cotiser.

Une personne qui prend une préretraite peut en général toucher des prestations de vieillesse du deuxième pilier de manière anticipée à partir de 58 ou 60 ans et parallèlement retrouver une activité lucrative afin de compléter le revenu des rentes. Le revenu de la nouvelle activité reprise par un préretraité n’a pas d’influence sur le montant de la rente.

Devenir indépendant?

«Beaucoup de gens pensent qu’ils sont indépendants parce qu’ils travaillent chez eux pour des mandats d’une société», ajoute Roland Bron. Or, une personne qui n’a qu’un client est en général considérée comme employée. C’est la caisse de compensation AVS qui prend cette décision, l’un des critères étant d’avoir plusieurs donneurs d’ordre. Si le préretraité travaille pour le compte d’un seul client, la caisse de compensation part du principe qu’il y a une relation employé-employeur. Elle n’octroie dès lors pas le statut d’indépendant.

Par conséquent, l’employeur établit un certificat de salaire et doit affilier son employé à une caisse de pension si le revenu annuel dépasse 21’150 francs (seuil d’entrée LPP). Pour autant, le préretraité ne perd pas le bénéfice de la rente de son précédent employeur, indique Roland Bron.

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Une personne qui part en préretraite peut certes s’inscrire au chômage, mais ses indemnités seront réduites de la rente qu’elle reçoit de la caisse de pension, selon VZ. Alternativement, elle peut transférer son avoir de vieillesse sur un compte de libre passage pour éviter une baisse des prestations de chômage. Elle a aussi la possibilité de s’affilier à l’institution supplétive LPP. Dans ce cas, à 65 ans, elle obtiendra une rente pour une partie ou l’ensemble de son deuxième pilier, selon VZ. Souvent, il n’est pas possible de transformer la totalité de son avoir en rente. En effet, l’institution supplétive LPP calculera le montant maximal en fonction du salaire. Si une partie excédentaire existe, cette dernière sera versée sous forme de capital.

Révisions des attentes à la baisse

L’assuré doit prendre garde à comparer les prestations de la caisse de pension lorsqu’il choisit de se lier à un nouvel employeur à quelques mois voire quelques années de l’âge ordinaire de la retraite, conseille VZ. «Il est parfois préférable de partir en préretraite plutôt que de s’engager auprès d’une nouvelle entreprise, selon les conditions de l’institution de prévoyance de cette dernière. L’assuré doit comparer les conditions de retraite en détail», conseille Roland Bron.

«Il faut bien distinguer entre les attentes et les faits» estime Pascal Frei, associé auprès de PPC Metrics. ‎Les attentes à plus ou moins long terme ont certainement été revues à la baisse ces dernières années par les assurés les plus jeunes. Ces derniers bénéficient d’intérêts crédités modestes comparés à ce qui a pu être payé par le passé. Ils savent également que la valeur nominale de leur future rente sera probablement plus basse (car calculé avec un taux de conversion plus bas).

Quant aux assurés proches de la retraite, ils toucheront pour la plupart, ce qui leur a été promis. En effet, «bien que les institutions de prévoyance révisent leurs paramètres techniques, elles n’adaptent pas forcément les taux de conversion automatiquement ou prévoient des mesures d’accompagnement pour les assurés partant à la retraite dans les 4 à 5 années suivant l’abaissement des taux de conversion», explique Pascal Frei. Globalement, le risque pour l’assuré de voir une baisse inattendue de sa rente quelques années avant sa retraite est faible, mais pas nul. Il convient toutefois de rappeler que c’est la valeur réelle de la rente et non sa valeur nominale qui importe d’un point de vue économique.

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