Portrait

Alen Arslanagic et Timon Zimmermann ont l’intelligence artificielle dans le sang

Ils ont inventé un filet autonome qui dépollue les océans. Et créé la société Visium, qui utilise l’IA pour améliorer les performances des entreprises

Ils disent qu’ils veulent faire le bien. Expression un peu désuète. Surtout quand on les regarde. Vingt-six ans chacun, de grands ados. Alen Arslanagic et Timon Zimmermann sont amis, frères, compères et cofondateurs de la société Visium. L’intelligence artificielle les réunit. Et il ne s’agit pas, pour eux, d’en faire n’importe quoi. Exemple: il y a un mois de cela, Visium a participé à un hackathon – un événement de programmation informatique collaborative sur plusieurs jours – chez Microsoft. Idée: nettoyer les océans pollués par les plastiques.

On se souvient de ces images d’une baleine échouée sur une plage des Philippines, morte de faim à cause d’un estomac rempli de 40 kg de plastique et autres déchets. Ils ont imaginé un filet autonome baptisé Alpha-net, qui se déplace seul, non loin des plages bondées de vacanciers, et nettoie les océans au gré des courants. Ils ont gagné ce prix Microsoft. Il s’agit maintenant de convaincre des entreprises de travailler avec eux. Idem dans la forêt amazonienne. Ils tentent d’y développer un programme qui permettra de visionner les tentatives de déforestation prohibée.

Des sauveurs de l’humanité, ces deux garçons? Non. Ils parlent d’éthique, de projets qui ont un impact positif sur la société, comme la médecine ou la formation. On les retrouve à l’EPFL, à l’Innovation Park plus précisément, qui grouille de start-up qui pensent le monde de demain. On appelle cela une pépinière. Alen et Timon ont commencé dans une petite pièce où il faisait si chaud l’été qu’il leur arrivait de se délocaliser sur un coin de pelouse, sous un arbre de préférence. Ils occupent désormais un local de 75 m², salarient 20 personnes dont 11 à plein temps.

«Notre force, c’est la richesse de leur background. Ils sont experts en machine learning, sont informaticiens, spécialistes en neurosciences ou en sciences des données», indique Alen. L’anglais est l’idiome commun. Alen Arslanagic peut, lui, s’exprimer en cinq autres langues (français, bosnien, italien, espagnol, allemand). Il est né au Tessin. Grands-parents sarajéviens partis avant la dislocation de la Yougoslavie et les ravages de la guerre.

D’abord il pêche, puis il restaure

Père médecin, mère architecte. Il y a pire comme environnement. Mais Alen ne vit pas sur ce matelas familial. Il s’en va pêcher sur le lac de Locarno et vend ses poissons aux restaurateurs. Puis, lorsqu’il a à peine 19 ans, se lance dans la restauration d’appartements (peinture, isolations, murs de séparation, pose de sols), tout en menant une vie d’étudiant à Genève en gestion des entreprises puis en informatique.

Timon Zimmermann a grandi, de son côté, à Neuchâtel, auprès d’une mère assistante sociale et d’un père physicien. A 11 ans, il sait coder des sites internet. A 13, crée un jeu à multijoueurs avec, pour toile de fond, une galaxie imaginaire et, comme trame, la conquête spatiale. «Mais j’ai été piraté, ça m’a appris beaucoup de choses», dit-il. A 15 ans, il fonde un site pour partager des images et les éditer, «une espèce de Photoshop en ligne». Décroche un CFC en informatique puis un bachelor et un master à l’EPFL. Il y rencontre en 2015 Alen, qui rentrait de Londres avec lui aussi un bachelor en poche.

«Lui c’est le business, moi la technique», résume Timon. Ils développent leur intelligence artificielle, ouvrent la plateforme AllCharities, un réseau «pour faire bouger les masses vers l’humanitaire». Une première campagne est menée avec l’influenceuse et mannequin Xenia Tchoumitcheva. «L’idée était de venir en aide à une population carencée en sels minéraux dans un pays pauvre. On a levé 3000 francs pour cette œuvre et sensibilisé 250 donateurs», rappelle Alen.

Tabac et armement exclus

Visium, qu’ils fondent en 2018, propose à des entreprises de trouver des solutions à des problèmes en analysant une masse de données grâce à l’intelligence artificielle. Visium travaille pour le moment avec 21 entreprises (horlogerie, énergie, vente de détail, pharmacologie, immobilier, etc.). Pour des questions d’éthique, des branches industrielles comme le tabac ou l’armement sont écartées. «Nous visitons les entreprises et effectuons des audits, entre autres», explique Timon.

Par ailleurs, pour dix projets, Visium en consacre un à caractère philanthropique. En mai 2018, Alen Arslanagic a été classé parmi les entrepreneurs de moins de 30 ans les plus prometteurs par le magazine Forbes. Une distinction qui a boosté autant le récipiendaire que toute l’équipe de Visium. Le 1er mai, un bureau ouvre à Zurich «pour consolider notre position en Suisse». Quand on leur demande ce qu’est au fond l’intelligence artificielle, ils nous parlent pâtisserie: «Avant, vous tapiez «tarte aux pommes» et vous pouviez tomber sur un article d’UBS qui parlait du menu de sa cantine, aujourd’hui vous tombez sur le site Marmiton


Profils

ALEN ARSLANAGIC

1993 Naissance à Locarno.

2012 Fonde sa première entreprise, Almax Home Solutions Sarl.

2015 Rencontre Timon.

2018 Le magazine «Forbes» le classe parmi les 30 jeunes entrepreneurs les plus prometteurs.

2019 Master à l’Imperial College de Londres.

TIMON ZIMMERMANN

1992 Naissance à Neuchâtel.

2011 Obtient un CFC en informatique.

2013 Début de son bachelor à l’EPFL.

2018 Signe avec Alen son premier projet pour Visium.

2019 Défend sa thèse de master à l’EPFL.

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