L'Espagne a été secouée mardi par les premiers signes de craquements de la bulle immobilière et de son corollaire boursier. L'indice Ibex de la bourse de Madrid a achevé la séance en chute de 2,73%, après avoir perdu plus de 3% dans la matinée dans un contexte européen nettement moins baissier.

L'étincelle du repli semble avoir été allumée par le groupe Astroc. Le promoteur, un petit de son secteur, a sombré de 65% depuis le début du mois, dont 9,5% hier. «Les raisons de cette baisse ne sont pas claires. Le marché suspecte des problèmes de comptabilité, qui n'aurait rien à voir avec l'activité dans l'immobilier», commentait Victor Acitores, de Kepler Equities à Madrid. Pour l'analyste, ces supputations ont contaminé l'ensemble de la cote, constructeurs et banques en tête, car elles se sont greffées à un sentiment de marché déjà fragile. «Les opérateurs redoutent que les niveaux de valorisation soient devenus excessifs au regard des fondamentaux et que la progression passée des cours ne soit pas reconductible.» Après avoir bondi de 32% en 2006, l'Ibex a pulvérisé à 15080 points un nouveau record historique le 20 avril. Mardi, le promoteur Inmocaral a ainsi chuté de 11,3% tandis que les banques Banco Popular et Banco Sabadell perdaient 5%. Le constructeur Sacyr a pour sa part vacillé de 8%, ce qui compromet son offre de rachat par échange d'actions lancée la semaine passée sur le français Eiffage.

Même si elle ne se cantonne encore qu'à la bourse, la menace d'un décrochage de l'immobilier ne peut qu'être prise au sérieux en Espagne. Depuis près de dix ans, la vitalité insolente du secteur a stimulé la croissance du royaume (+3,9% en 2006), dont il représente 7% du PIB et emploie plus de 10% des actifs.

Or déjà, les prix immobiliers s'essoufflent. Selon la Banque d'Espagne, ils ont crû de 7,2% sur un an au premier trimestre, le moins dynamique depuis 1998. Par ailleurs, l'endettement des ménages s'est envolé au niveau alarmant de 125% du revenu disponible. La vaste majorité des emprunts hypothécaires étant à taux variables, ils sont vulnérables aux remontées de taux. Cet effet avait jusque-là été amorti par la faiblesse des taux réels. Mais ce n'est plus le cas: l'inflation a reflué à 2,5% en mars, tandis que le taux directeur de la Banque centrale européenne atteint dorénavant 3,75%, et probablement 4% dès le mois de juin.