Depuis cet été, le fonds Oyster Italian Value subit le contrecoup de la liquidation de positions dans les petites et moyennes capitalisations italiennes. Il n'en reste pas moins que ce portefeuille resserré, typiquement entre 45 et 65 titres, est classé par Lipper parmi les meilleurs de son secteur, les valeurs italiennes. La gestion a été déléguée à un gérant externe, Alessandro Pacchiani de la banque italienne Ifigest, à Florence. Celui-ci suit une approche «valeur» et recherche des sociétés sous-valorisées. S'il investit dans les petites et moyennes capitalisations italiennes, il peut aussi saisir des opportunités sur de grandes capitalisations, voire investir à l'étranger dans des situations liées à l'Italie.

Le Temps: La croissance stagne et la situation politique reste incertaine. Pourquoi investir en Italie?

Alessandro Pacchiani: Il est vrai que de nombreux investisseurs ont des doutes sur l'économie italienne. Mais, parallèlement, le pays abrite de nombreuses sociétés tournées vers l'exportation, qui ne dépendent pas du marché domestique. Avec l'introduction de l'euro au tournant du millénaire, des PME ont réalisé la nécessité de moderniser leur gestion. Le management familial a été remplacé par des directions professionnelles. La production a été délocalisée, en Europe de l'Est, en Amérique latine puis en Asie. Il existe des entreprises italiennes d'excellente qualité, créatives, qui vendent dans le monde entier et dégagent une rentabilité intéressante, dans le luxe, la mécanique de précision ou la technologie. Elles ne sont pas liées à l'économie italienne et sont souvent dans le trio de tête de leur segment de marché. Nous recherchons aujourd'hui des petites capitalisations de ce type.

- Pouvez-vous expliquer quelques investissements?

- Une de mes préférées est DeA Capital. Il s'agit d'une société de private equity cotée, contrôlée par la famille De'Agostini. Elle se traite en bourse avec une décote de 25% sur sa valeur d'inventaire, alors qu'elle mériterait une prime! Le talent de la famille De'Agostini dans le private equity est connu et 60% de la valeur d'inventaire est constituée de liquidités. Son dernier investissement depuis une augmentation de capital est la Générale de Santé, le premier prestataire privé dans ce domaine en France.

Le fonds Italian Value a aussi une position dans D'Amico International Shipping, un armateur qui profite de la demande de transport pétrolier. D'autres lignes importantes sont constituées par Dada, un des leaders mondiaux des services à valeur ajoutée pour téléphonie mobile, Vianini Lavori, une société de travaux publics qui pourrait profiter des travaux de modernisation des grandes gares, ou Eutelia, une société de télécommunications qui a notamment racheté à bas prix des sociétés informatiques et qui les restructure.

- Le marché italien n'est pas très connu. Comment vivez-vous cette situation?

- On m'a régulièrement demandé d'appliquer ma stratégie pour gérer des portefeuilles en Europe. Mais ma valeur ajoutée est de pouvoir nouer des contacts étroits avec les sociétés et de comprendre leur situation. Nous mettons l'accent sur des sociétés peu ou pas suivies par les brokers et nous n'investissons pas sans avoir rencontré le management. Pour appliquer la même approche en Europe, il faudrait voyager sans arrêt.

- L'alliance entre la bourse de Milan et celle de Londres permettra-t-elle d'améliorer la visibilité du marché italien?

- Je l'espère, mais il faudra aussi voir quelle sera l'influence de l'apparition de plateformes de négoce alternatives que permet la directive MiFID. Aujourd'hui, l'Italie est considérée comme plus risquée que d'autres marchés européens. Pour certains, il s'agit même d'un marché «pseudo-émergent», hors du cœur de l'Europe et plus risqué. C'est regrettable, mais c'est pour cette raison qu'en cette période d'incertitude, nombre d'investisseurs sortent du pays, ce qui fait reculer les cours des actions plus rapidement en Italie que dans le reste de l'Europe.

Une même société cotée à Milan serait perçue différemment si elle était cotée ailleurs. J'espère que l'alliance avec Londres permettra à Milan d'être vue comme une place boursière comme une autre. Cependant, il faut aussi voir que la situation actuelle a ramené de nombreuses valorisations à un niveau intéressant.