Alexis Tsipras poursuit son offensive

Europe Le premier ministre grec se dit «optimiste» après une réunion avec Jean-Claude Juncker

Une proposition d’échanger une partie de la dette contre des obligations indexées fait son chemin

Jean-Claude Juncker, le président de la Commission européenne, et Alexis Tsipras, le nouveau premier ministre grec, se connaissent assez bien. Têtes de listes, le premier du Parti populaire européen (conservateur) et l’autre de la Coalition de gauche radicale aux élections européennes de mai 2014, ils avaient croisé le fer dans de nombreux débats publics. Lors de leur rencontre mercredi à Berlaymont, siège de la Commission à Bruxelles, Jean-Claude Juncker n’a pas caché sa sympathie pour son hôte, l’embrassant à plusieurs reprises, avant de le prendre par la main et de le conduire vers son bureau.

Il ne s’agissait toutefois pas d’une visite de courtoisie. Alexis Tsipras a entrepris une offensive diplomatique qui l’a conduit mardi à Rome et mercredi à Bruxelles, puis à Paris. Objectif: négocier une nouvelle feuille de route pour sortir son pays de l’ornière.

Jean-Claude Juncker n’a pas pipé mot après la rencontre. Selon des sources grecques, Alexis Tsipras lui a demandé qu’Athènes puisse élaborer un plan de réformes et de financement sur quatre ans (2015-2018), en accord avec les créanciers et surtout sans la contrainte de couper dans les dépenses publiques pour satisfaire les désirs des créanciers. Lors d’une brève rencontre avec la presse, le premier ministre grec s’est dit «très optimiste» pour parvenir à une solution. «L’histoire de l’Union est faite de désaccords mais, à la fin, il y a un compromis, a-t-il dit. Notre but est de respecter la souveraineté du peuple grec et, en même temps, de respecter les règles européennes.»

La veille à Rome, Alexis Tsipras avait tenu un langage d’espoir après sa rencontre avec le premier ministre italien, Matteo Renzi. Mercredi après-midi, il a obtenu le soutien du président français, François Hollande, qui lui a tout de même rappelé que la Grèce doit respecter les règles communes au sein de la zone euro.

La Grèce a déjà fait savoir qu’elle ne collaborerait plus avec la troïka – Commission, Banque centrale européenne (BCE) et Fonds monétaire international –, qui a supervisé le programme de redressement en cours de 2012. A ce sujet, Athènes peut compter sur le soutien du président de la Commission. Mardi, son porte-parole, Margaritis Schinas, a rappelé la promesse de Jean-Claude Juncker «de mettre en place une instance plus démocratique et plus transparente».

De son côté, le ministre grec des Finances, Yanis Varoufakis, multiplie aussi les rencontres. Après Londres, Paris et Rome, il a rencontré hier le président de la BCE, Mario Draghi. La Grèce doit rembourser 7 milliards d’euros à la banque centrale en juillet-août alors même qu’elle a fait savoir qu’elle allait renoncer à recevoir la dernière tranche de 7 milliards de la troïka. Une solution est dans l’air: convertir les créances grecques détenues par les Etats et les institutions en obligations indexées sur la croissance. Le gouvernement grec a par ailleurs aussi besoin que la BCE poursuive son programme d’aide financière d’urgence destinée à alimenter les banques grecques en liquidités.

Le ministre Yanis Varoufakis rencontrera son homologue allemand, Wolfgang Schaüble, ce jeudi à Berlin. Les autorités allemandes n’ont pas encore montré des signes de flexibilité à l’égard de la Grèce.

Dans tous les cas, le temps presse. Une réunion spéciale de l’Eurogroupe (ministres des Finances de la zone euro) pourrait être convoquée le 9 février pour discuter des propositions grecques. Le ministre grec des Finances espère présenter son plan de redressement d’ici à quelques semaines et signer un accord avec les créanciers d’ici à juin prochain.

Les marchés suivent les périples de la diplomatie grecque. Après deux jours de hausse suite aux déclarations d’intentions positives, les bourses européennes ont peu évolué mercredi.

«Notre but est de respecter la souveraineté du peuple grec et de respecter les règles européennes»