INDUSTRIE

Algroup se sépare de Lonza pour se rapprocher de Pechiney et d'Alcan

Le 1er novembre, Lonza Group fera son entrée à la Bourse suisse. En séparant la division chimique de l'entreprise, les actionnaires d'Algroup ont entériné le processus de fusion

Les actionnaires d'Algroup ont plébiscité la séparation des activités de Lonza en une société indépendante. Avec plus de 99% des voix en faveur de la scission des activités chimiques du groupe, ils n'ont laissé planer aucun doute sur leurs intentions de voir aboutir le mariage à trois avec le français Pechiney et le canadien Alcan. Les actionnaires ne se sont toutefois pas prononcés directement sur le projet de fusion, ils se sont contentés de préparer le rapprochement avec les deux autres partenaires. Séparé de ses activités chimiques, Algroup est désormais prêt pour fusionner ses deux autres divisions spécialisées dans l'aluminium et l'emballage. L'offre d'échange d'une action Algroup contre 20,6291 actions Alcan sera soumise en principe au début de l'an prochain, lorsque les obstacles juridiques et légaux auront été levés. D'ici là, pour chaque action Algroup, l'actionnaire aura la possibilité de souscrire une action Lonza Group, à la valeur nominale de 10 francs. La nouvelle société fera son entrée en Bourse le premier novembre.

Craintes pour l'emploi

Même si les dés étaient jetés, les syndicats ont tout de même tenté d'infléchir la position des actionnaires d'Algroup. Devant les portes du Kongresshaus de Zurich où se tenait l'assemblée, ils leur ont distribué une résolution dans laquelle ils exigeaient des garanties pour les 5300 employés qu'Algroup occupe en Valais. A l'intérieur, Beat Jost, secrétaire de l'Union syndicale du Haut-Valais a relayé leurs préoccupations. «Des milliers de travailleurs craignent pour leur emploi, ne pressez pas le fruit de leur travail», a lancé le secrétaire syndical, qui craint que ce ne soient pas 5000 postes qui seront supprimés à travers le monde, mais au contraire 10 000 à 20 000 emplois. Martin Ebner, président du conseil d'administration d'Algroup, lui a répondu sans laisser planer aucun doute sur ses intentions. «Toute garantie à propos des emplois constituerait un suicide économique et menacerait à moyen terme les lieux de production.» Pour le financier au nœud papillon, les employés du groupe n'ont toutefois pas de raison de s'inquiéter, puisque les suppressions de postes de travail, qui se feront avant tout par des fluctuations naturelles, resteront conformes aux prévisions. Une certitude: l'usine de Steg, qui produit 35 000 tonnes d'aluminium par an fermera ses portes. «Certains sites de production du futur groupe produisent de l'aluminium à un prix quatre fois moins élevé. Il serait donc naïf de croire que l'on peut maintenir la production à Steg», a affirmé Martin Ebner. Une centaine de postes de travail va donc passer à la trappe. Seul un investisseur institutionnel s'est associé à la myriade de petits actionnaires qui ont exprimé leur opposition à la fusion. Depuis la tribune, un représentant de la caisse de pension de l'Etat de Genève a critiqué le rapprochement avec Alcan et Pechiney. «Cette fusion ne fait que suivre une tactique opportuniste au profit de purs intérêts financiers à court terme.» Martin Ebner a justifié ce rapprochement en affirmant qu'il répondait au contraire «à la dynamique actuelle de consolidation qui touche l'aluminium et l'emballage».

Lonza convoitée

Moins concentré, le secteur des spécialités chimiques offre en revanche à Lonza Group de belles perspectives de développement. Sergio Marchionne, l'actuel patron d'Algroup, qui prendra les rênes de la nouvelle société, nourrit d'ailleurs de grandes ambitions. Il vise une croissance annuelle du bénéfice net de 15%. Lonza possède il est vrai pas mal d'atouts. C'est en effet une compagnie libre de tout endettement et dotée de 420 millions de francs de liquidités qui fera son entrée en Bourse. Le groupe, qui emploie 5600 personnes et réalise un chiffre d'affaires supérieur à 2 milliards de francs, est l'un des leaders mondiaux de la chimie fine. Très profitable, il a réalisé au premier semestre un résultat d'exploitation de 173 millions de francs. Quant à sa marge opérationnelle, elle atteint 16%. Avec un tel profil, la société ne manquera pas de susciter les convoitises. «L'ardeur des prétendants à un éventuel rachat dépendra du prix d'émission», affirme toutefois Denise Anderson, analyste à la Banque Sarasin. Clariant, qui cherche à développer ses activités de chimie fine, pourrait, selon certaines rumeurs, être intéressé par Lonza. Pour faire taire d'autres spéculations, Christoph Blocher a d'ores et déjà annoncé qu'une fusion entre sa société EMS-Chemie et Lonza n'était pas à l'ordre du jour. Pour bon nombre d'analystes, Lonza devrait plutôt, dans un premier temps en tout cas, croître par acquisitions. Le groupe en a les moyens. En faisant passer sa part de fonds propres de 100% à 50%, Lonza disposerait de près de 2 milliards de francs, auxquels s'ajouteraient les 420 millions de liquidités. La croissance à tout prix n'est toutefois pas indispensable. «La chimie fine est une industrie très fragmentée. La taille n'est donc pas le critère déterminant», affirme Elisabeth von Werra, analyste à la Banque Darier Hentsch. «Dans ce domaine il ne faut pas être le plus gros, mais plutôt bien positionné, en choisissant par exemple les secteurs d'avenir comme la biotechnologie», ajoute Denise Anderson. Martin Ebner et Christoph Blocher, qui occupent respectivement la présidence et la vice-présidence de Lonza Group, connaissent mieux que quiconque ces arguments. Reste à savoir maintenant si ceux-ci correspondent à la stratégie qu'ils entendent mettre en place.

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