Climat

Alimentation et bioénergies ne sont pas en concurrence en Suisse

Si elle fait de l’exploitation de la biomasse une priorité dans sa transition énergétique, la Confédération dit privilégier la sécurité alimentaire. Raison pour laquelle il n’existe pas de cultures dédiées seulement à la production de courant ou de carburant

Le constat paraît paradoxal: en pensant résoudre le problème, on contribue à aggraver la situation. Dans son dernier rapport publié jeudi, le Groupe intergouvernemental d’experts sur le climat (GIEC) s’alarme du danger que représente l’exploitation intensive des sols pour la sécurité alimentaire d’une population grandissante. Notamment pour la production de biomasse (céréales, bois) utilisée dans le développement d’énergies alternatives aux fossiles.

En Suisse, les bioénergies sont l’une des pistes privilégiées par la Confédération pour mener à bien sa transition des fossiles vers les renouvelables, dans le cadre de sa stratégie énergétique 2050. Elles sont la deuxième source d’énergie renouvelable, après la force hydraulique, écrit l’OFEN (Office fédéral de l’énergie).


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Risque-t-on d’appauvrir nos sols par des monocultures intensives, comme pointé par le GIEC? Contrairement au Brésil et ses vastes champs de canne à sucre voués à la production de bioéthanol, ou, plus près de chez nous, aux champs de maïs destinés exclusivement aux installations de biogaz en Allemagne, «nous n’avons pas de cultures spécialement dédiées en Suisse. La sécurité alimentaire prime», répond Sandra Hermle, responsable du programme de recherche en bioénergie de l’OFEN.

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Déchets de bois et organiques

En Suisse, l’énergie produite à partir de biomasse est essentiellement de la chaleur provenant de la combustion de bois (plus du tiers). A cela s’ajoute la transformation, selon un processus bactériologique complexe, de résidus végétaux, tels que des fumiers agricoles ou des déchets de cuisine. Que ce soit en biocarburant liquide ou en biogaz, qui peut ensuite être utilisé dans la production d’électricité.

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«Ce potentiel est encore sous-utilisé», souligne Sandra Hermle. Au total, les bioénergies comptent pour une moitié de la chaleur produite par des sources renouvelables (combustion de bois). Mais sa part dans la production d’électricité ne compte que pour 3%, selon la dernière statistique officielle. Une étude de l’Institut fédéral des forêts (WSL) estime les ressources de biomasse disponibles en Suisse de manière durable à une centaine de pétajoules (PJ), ce qui correspond à 2,5 millions de tonnes de pétrole (un peu moins de 10% de la consommation brute totale helvétique), dont 44 PJ restent à exploiter. «Le plus fort potentiel réside dans l’utilisation du fumier (24,3 PJ)», souligne Matthias Erni du WSL. «Nous cherchons aujourd’hui comment en tirer profit.»

L’OFEN a de son côté lancé un appel à projets le mois dernier, dans le but d’améliorer les rendements de la biomasse et d’avoir accès aux potentiels encore inexploités et ce, «selon des critères compatibles avec la sécurité alimentaire», insiste Sandra Hermle. Quatre à six projets seront soutenus pour un montant total d’environ 600 000 francs.

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