Du côté de Romano Prodi comme de Nicolas Sarkozy, on jure ne pas en avoir parlé. Mais, au lendemain de l'entrevue officielle entre les deux présidents, à Rome, le conseil d'administration d'Alitalia a finalement donné vendredi son feu vert, après des mois d'incertitude, à l'ouverture de discussions avec Air France-KLM pour le rachat des 49,9% du capital encore détenu par l'Etat.

Offre de rachat plus intéressante

L'avionneur a expliqué le choix du groupe franco-néerlandais, préféré à la première compagnie privée italienne Air One, en indiquant: «Le plan présenté est en mesure de résoudre les difficultés stratégiques, industrielles et financières d'Alitalia» qui est actuellement aux abois avec plus de 1 million d'euros de pertes par jour. Dans un communiqué, Alitalia a précisé: «La proposition est la plus intéressante et prévoit un plan d'investissement significatif (6,5 milliards d'euros à long terme) avec, entre autres, le renouvellement d'une partie de la flotte.» De fait, depuis plusieurs semaines, Air France-KLM faisait la course en tête en raison de son poids dans le secteur mais aussi sur la base de ses propositions financières (35 centimes d'euro par action Alitalia contre 1 centime par titre pour Air One).

Le patron de la compagnie Maurizio Prato tout comme Romano Prodi et le ministre de l'Economie Tommaso Pado-Schioppa, avaient plus ou moins clairement fait part de leur préférence pour la solution franco-néerlandaise. Mais un front d'opposition transversal s'est levé allant de l'extrême gauche jusqu'à Forza Italia, en passant par les élus du nord du pays qui redoutent, comme l'a prédit le président d'Air France-KLM Jean-Cyril Spinetta, un renforcement de l'aéroport de Rome aux dépens de celui de Milan Malpensa.

«C'est important qu'Alitalia demeure italienne», a encore affirmé jeudi le chef de l'opposition Silvio Berlusconi, rejoint par le ministre communiste des Transports Alessandro Bianchi, selon lequel «il s'agit d'un pilier économique pour le pays comme l'est Lufthansa en Allemagne ou Iberia en Espagne». Son collègue du Travail, Cesare Damiani, a pour sa part fait état de ses craintes quant aux probables suppressions d'emplois. Jean-Cyril Spinetta a évoqué 1700 licenciements, mais les syndicats sont très préoccupés par le sort des 8000 salariés du secteur des services d'Alitalia en cas de reprise par le groupe franco-néerlandais.

Le gouvernement doit confirmer

La perspective d'assister à d'importantes grèves durant les fêtes de fin d'année devrait toutefois être écartée. Car, vendredi, le conseil d'administration de la compagnie a certes choisi Air France-KLM mais en renvoyant la balle au gouvernement qui, en dernière instance, devra se prononcer sur le nom du prétendant. Le Conseil des ministres, qui est divisé, devrait trancher vers la mi-janvier. Un revirement complet, en faveur d'Air One, apparaît néanmoins peu probable. Mais les quelques semaines de répit devraient servir à proposer aux syndicats des amortisseurs sociaux. Vendredi, la presse transalpine estimait que, pour vaincre les dernières réticences, Air France-KLM pourrait également céder à Air One une partie de l'activité d'Alitalia, notamment certains «slots» de Milan Malpensa.