Pourquoi les femmes qui décident de garder leurs enfants à la maison n’auraient-elles pas le droit à une aide de l’Etat? A la veille de son entrée en vigueur jeudi 1er août, la «prime au fourneau» divise profondément les Allemands et inquiète aussi les milieux économiques. Conçue pour soutenir financièrement les «femmes au foyer», cette prime de 100 euros mensuels, qui sera versée par ménage, a pris une tournure politique à moins de deux mois des élections fédérales de septembre.

Selon le gouvernement Merkel, les femmes doivent avoir une plus grande liberté de choix dans la manière d’éduquer leurs enfants. «L’Etat soutient désormais les parents qui décident de garder leurs enfants à la maison, mais aussi ceux qui choisissent d’utiliser les services d’une crèche», insiste Dorothee Bär, porte-parole des conservateurs (CDU/CSU) à l’assemblée fédérale (Bundestag) sur les questions familiales. «Cette loi est absurde», répond Peer Steinbrück, le candidat du parti social-démocrate (SPD), qui promet de l’annuler en cas de victoire – peu probable – aux élections de septembre. Cette prime, dont le coût est fixé à 1,2 milliard d’euros par an, est très critiquée par les milieux économiques qui souhaiteraient que les femmes allemandes ne prennent pas autant de congé parental. La chancelière a pourtant encouragé l’ouverture de milliers de crèches pour permettre aux femmes qui travaillent de ne pas renoncer à leur carrière. Ces dernières années, le gouvernement a mené une politique familiale très active pour ­tenter de relancer la natalité en construisant des milliers d’établissements supplémentaires. A partir du 1er août, la loi instaure même un droit à l’obtention d’une place de crèche pour chaque enfant de 1 à de 3 ans.

«Quand les actifs sont plus nombreux, les rentrées fiscales et sociales le sont également», souligne l’Institut de recherches économiques de Cologne (IW). La prime au fourneau risque d’assécher le marché du travail alors que l’Allemagne souffre d’un manque cruel de main-d’œuvre. «Les parents qui choisissent cette prime ne sont plus disponibles pour les entreprises pendant plusieurs années», regrette l’IW.

Par ailleurs, Angela Merkel a toujours insisté sur le besoin d’intégration des enfants issus de l’immigration. Une «prime au fourneau» pourrait dissuader certaines familles immigrées d’envoyer leurs enfants à la crèche pour des raisons purement financières. «On sait que les enfants issus de l’immigration mais aussi ceux des familles monoparentales ont beaucoup plus de chances de faire des études lorsqu’ils commencent tôt à la crèche», explique un rapport de l’IW.

On redoute également des coûts administratifs énormes pour une prime accordée à une minorité. «C’est la naissance d’un nouveau monstre administratif supporté par les communes», dénonce Andrea Asch, porte-parole de la politique familiale chez les écologistes en Rhénanie-du-Nord-Westphalie.

Contrairement aux attentes, la prime n’a pas encore déclenché une ruée aux guichets. Dans certaines régions, aucune demande n’a encore été enregistrée. Pour éviter un flop, la droite bavaroise a envoyé des formulaires pré-remplis aux ayants droit. Les élections, en Bavière aussi, approchent.

«C’est la naissance d’un nouveau monstre administratif supporté par les communes»