Financements

Pour aller vers des marchés monétaires 2.0

Un projet suisse veut moderniser les interactions sur les «money markets», où se financent à court terme entreprises, gouvernements et intermédiaires financiers

«It’s a people business.» Sur les marchés monétaires, les relations personnelles comptent encore beaucoup. C’est là que les entreprises, gouvernements ou autres intermédiaires financiers cherchent à se financer ou à placer des liquidités à court terme, entre un jour et deux ans. Une entreprise n’ayant pas besoin d’une partie de son cash pendant quelques mois aura intérêt à le placer à court terme et sans risque, quitte à encaisser un faible taux d’intérêt, plutôt qu’à le laisser dormir, ou à réduire le fardeau des taux d’intérêt négatifs.

Les sommes échangées quotidiennement sur les «money markets» sont stratosphériques: plus de 100 milliards d’euros en Europe pour le seul segment des opérations non garanties (appelées «unsecure», elles ne sont pas couvertes par des actifs comme des factures par exemple), selon la dernière étude de la Banque centrale européenne, publiée en 2015. Or cette activité demeure largement manuelle: deux tiers des transactions reposent sur du trading électronique, selon la BCE. Pour le reste, les messageries électroniques et le bon vieux téléphone permettent à un participant de contacter un courtier, qui trouvera une contrepartie.

Système archaïque

C’est sur ce tiers du marché non garanti que la plateforme suisse Instimatch veut moderniser les échanges, explique son directeur général, Daniel Sandmeier: «Le système actuel est archaïque. Un courtier appelle généralement un nombre limité de ses contacts, une dizaine au maximum, pour savoir s’ils veulent participer à une opération et à quel prix, puis il rappelle son client à l’origine d’une demande de prêt ou de placement. Dans les faits, près de 50% des transactions se font au sein d’un même pays. Nous voulons élargir le nombre de contreparties possibles.»

En théorie, un portail d’accès aux marchés monétaires comme celui d’Instimatch permet à davantage d’acteurs de transmettre des propositions d’opérations et de prix. «Mais notre système améliore surtout la transparence, poursuit l’ancien président de l’Association suisse des produits structurés. Sur la plateforme, on voit qui est sur le marché, avec quelles offres, alors qu’en passant par un courtier un prêteur ne connaît l’identité de sa contrepartie qu’après avoir accepté son offre. Nous pensons qu’il vaut mieux savoir a priori avec qui on traite.»

Liens personnels

Instimatch affirme viser 100 participants à sa plateforme rapidement, contre plus de 30 contreparties institutionnelles actuellement. Une expansion vers la Scandinavie, puis probablement vers l’Asie fait partie des plans. Un des obstacles à la généralisation du trading électronique sur les marchés monétaires est justement l’aspect humain, explique un bon connaisseur du secteur. Les courtiers nouent des liens forts avec leurs clients en leur offrant de bons dîners ou des billets pour des manifestations sportives. C’est toujours un «people business».

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