Quel avenir pour la Dresdner Bank, le troisième établissement bancaire privé allemand? Après deux fusions ratées, l'une avec la Deutsche Bank, début avril, l'autre avec la Commerzbank, fin juillet, le banquier est plus que jamais isolé sur la place de Francfort. Le nouveau patron de la Dresdner Bank, Bernd Fahrholz, estime pourtant que son établissement peut affronter seul la concurrence. «Nous espérions apporter une contribution à la consolidation bancaire nationale (avec la fusion). Nous allons maintenant poursuivre résolument notre programme de restructuration», a-t-il déclaré fin juillet, après l'échec de la fusion avec la Commerzbank, la quatrième banque privée allemande.

Les analystes ne partagent pas la stratégie de Bernd Fahrholz. Sur un marché intérieur sur-bancarisé, la Dresdner Bank doit trouver rapidement des alliances pour faire face à la concurrence et assurer son développement à l'international. Son principal actionnaire, l'assureur Allianz (21,7% des parts), qui exerce une très grande influence dans le monde bancaire allemand, cherche des solutions pour remettre la Dresdner Bank sur les rails. Les dernières informations parues dans la presse économique allemande font notamment état d'une prise de contrôle de 100% de la banque de Francfort par Allianz. Elle serait suivie d'un démantèlement de l'établissement. «Cette éventualité n'est plus taboue», écrit le mensuel Manager Magazin.

Au début de la semaine dernière, l'hebdomadaire Focus avait annoncé qu'Allianz s'apprêtait à céder toutes ses parts à la Deutsche Bank, le premier établissement bancaire allemand, contre le rachat de sa filiale de banque de détail (Deutsche Bank 24). Cette solution paraissait également plausible. Le géant de l'assurance cherche en effet à renforcer son réseau pour écouler ses produits. La solution du démantèlement permettrait également à l'assureur Allianz de s'emparer des activités qu'il convoite à la Dresdner Bank (banque de détail et gestion de biens) pour revendre le reste ensuite (investissement et conseil aux entreprises).

Le fiasco de la fusion avec la Deutsche Bank puis le rapprochement avorté avec Commerzbank ont en tout cas affaibli considérablement la Dresdner Bank. Ils se font sentir sur les résultats du premier semestre, avec un bénéfice avant impôts en recul de 20% (706 millions d'euros). La Dresdner explique ces mauvais résultats par des dépenses exceptionnelles engendrées par sa filiale londonienne d'investissement. Après l'échec de la fusion avec la Deutsche Bank, Dresdner Kleinwort Benson a dû en effet payer de grosses sommes pour retenir son personnel spécialisé.

Cobra crée la surprise

La Commerzbank, la quatrième banque privée allemande, a souffert également de l'échec de la fusion. Son président, Martin Kohlhaussen, affirme de nouveau vouloir faire cavalier seul. Commerzbank continuera son chemin «toute seule», dit-il, tout en s'efforçant «de renforcer ses liens en Europe». Mais les analystes estiment, là aussi, que la Commerzbank n'a jamais été aussi mûre pour une reprise ou pour une fusion. Le groupe d'investisseurs Cobra, qui a créé la surprise en annonçant mi-avril qu'il détenait 17% de Commerzbank, est venu jouer les trouble-fête dans le rapprochement raté avec la Dresdner Bank.

Alliance à l'étranger

Son influence dans cette fusion a été limitée par les autorités de contrôle mais Cobra a su tirer habilement les ficelles en participant à l'échec du projet. Le patron de Cobra, Hansgeorg Hofmann, qui joue désormais un rôle important, favorise une alliance avec un établissement étranger. Selon Manager Magazin, la Dresdner serait actuellement candidate au rachat des parts de Cobra pour 8 milliards de marks. Allianz aurait cependant bloqué ce projet pour cause de turbulences sur la place financière de Francfort. Après les deux derniers échecs de fusion, qui ont traumatisé les banquiers allemands, la recomposition du paysage de la finance francfortoise se fait toujours attendre. Le seul mariage qui ait réussi jusqu'à présent a été en effet effectué entre les deux établissements financiers bavarois, Hypo et Vereinsbank. HypoVereinsbank, dont Allianz détient 17,4% des parts, est aujourd'hui la deuxième banque privée allemande. Un rapprochement avec la Dresdner, qui avait été suggéré après l'échec du mariage avec Deutsche Bank, a été très rapidement écarté par le directoire. HypoVereinsbank reste en effet attachée à son développement dans les régions d'Europe forte économiquement, comme le prouve la récente reprise de Bank Austria, le premier établissement bancaire autrichien. Une stratégie qui s'avère beaucoup plus transparente que celle de la Dresdner et de la Commerzbank.