Il ne s’agit pas vraiment d’un chèque. Plutôt d’une assurance. Ce vendredi, l’Agence américaine de développement (Usaid) – en collaboration avec son homologue suédoise – annoncera les détails d’un nouveau programme parrainé par Hillary Clinton. Trois «partenaires» recevront une enveloppe permettant de les aider à éponger d’éventuelles pertes lors de prêts à des entreprises dont les innovations sont jugées durables. Deux sont basées à Zurich: Signina et Alphamundi. «Ces 20 millions de dollars représentent une forme d’assurance encourageant l’octroi de prêts finançant une croissance durable dans les pays émergents», décrit Tim Radjy. Il est le fondateur d’Alphamundi, fonds «d’investissement d’impact» spécialisé dans le financement de PME (Afrique et Amérique latine) dans l’agriculture, les énergies renouvelables et le microcrédit. Il gère 8 millions de dollars.

Le Temps: Que représente cette garantie de l’Usaid pour vous? Tim Radjy: Ce premier partenariat que nous nouons avec le secteur public est une reconnaissance du travail accompli depuis 2009. Cela facilitera certainement la levée de capitaux. Pour l’heure, nos investisseurs sont privés mais ce partenariat devrait nous ouvrir les portes des investisseurs institutionnels. Une agence Européenne de développement nous a par exemple déjà témoigné son intérêt à hauteur de 5 à 8 millions de dollars. Une grande banque suisse envisage également d’investir 3 millions ces prochains mois. En 2015, nous comptons tripler nos actifs sous gestion.

– Comment mesurez-vous l’impact réel de ces investissements?

– Comme dans le cas des ONG, il n’y a pas de garanties à 100%. Nous utilisons d’une part un système d’indicateurs sociaux et environnementaux appelé IRIS; d’autre part, nous réalisons des visites de terrain pour rencontrer les clients et les employés de l’entreprise. Enfin, chaque année, ces dernières soumettent un «rapport d’impact» à une agence américaine de notation spécialisée (Giirs).

– Quels sont les risques?

– Ce sont des investissements peu liquides. Nos clients ne peuvent retirer leurs fonds que tous les six mois et par tranche de 25%. En outre, nous travaillons avec des PME dans des pays émergents, avec tous les problèmes que cela peut engendrer. Enfin, sachant que notre fonds est en dollars et une partie des revenus des PME que nous finançons en monnaies locales, il y a des risques de change.

– Et le rendement?

– L’an dernier, pour notre portefeuille de prêts, c’était 4% en dollars. Il grimpera à 6% quand nous aurons 20 millions sous gestion.

– Le but d’Alphamundi est-il de gagner de l’argent ou d’avoir un impact positif sur la planète?

– Les deux sont compatibles. Comme l’a démontré la microfinance au cours de la dernière décennie, il n’est pas nécessaire de sacrifier l’un pour obtenir l’autre.