Energie

Alpiq redresse la barre

Le groupe énergétique basé à Olten et très actif dans la production d’électricité en Suisse romande ne creuse plus ses pertes en 2016

Les derniers chiffres d’Alpiq, publiés vendredi, indiquent un net redressement de la situation financière du groupe, bien que les prix de l’électricité sur le marché de gros européen soient restés bas. Durant le premier semestre 2016 le grossiste en électricité a vu son bénéfice d’exploitation (EBIT) s’établir à 168 millions de francs, alors que durant la même période de l’année précédente il affichait une perte de 458 millions. La perte nette se réduit à 2 millions, contre 886 millions durant le premier semestre 2015.

Dans ces conditions, les responsables de la société n’ont-ils pas tiré trop fort et trop tôt la sonnette d’alarme au sujet de la situation déficitaire de l’hydroélectricité en Suisse qui a débouché sur la décision, en mars, de mettre en vente 49% de ses actifs dans les barrages helvétiques, principalement valaisans?

«Nous avons dû prendre des mesures préventives face à l’effondrement des prix du marché, souligne Thomas Bucher, responsable financier d’Alpiq. Certes, les prix remonteront un jour, mais personne ne sait quand et surtout de combien. Il faut prendre des mesures de restructuration et de réduction de la dette avant qu’il ne soit trop tard. Une stratégie basée sur le simple espoir que cela ira mieux plus tard serait une très mauvaise stratégie».

Suisse, pays à risque

Alpiq, qui possède des actifs à l’étranger, notamment des centrales thermiques dans plusieurs pays de l’Est européen, parfaitement rentables selon la direction, a décidé de réduire le poids des actifs helvétiques dans son bilan. Le groupe, qui vient d’acheter un gros bureau d’ingénieurs spécialisé dans la pétrochimie en Roumanie, considère la Suisse comme un pays à risque.

«Le prix de revient moyen de l’hydroélectricité en Suisse se situe à 6,5 centimes le kWh, alors que le prix de gros sur le marché européen s’est établi à 3 centimes en juin, rappelle Jasmin Staiblin, patronne d’Alpiq. Cela entraîne un déficit de 1,5 milliard de francs par an du secteur, absorbé pour moitié par des entreprises électriques en situation de monopole qui peuvent le répercuter sur les clients finaux, ce qui n’est pas le cas d’Alpiq».

Jasmin Staiblin admet que le prix de revient des ouvrages hydroélectriques d’Alpiq se situe au-dessous de la moyenne nationale. Faut-il comprendre que ces barrages couvrent leurs frais de production en ce moment? La question, posée vendredi à Olten, a provoqué l’embarras du directeur financier et une réponse évasive de Jasmin Staiblin. Sur la base d’une marge bénéficiaire EBIT de 18% au premier semestre 2016 dans le domaine de la production de courant, en Suisse comme à l’étranger, il semble bien que cette rentabilité est aujourd’hui assurée.

Difficultés à venir

La préoccupation des dirigeants d’Alpiq concerne en réalité ces trois à cinq prochaines années car les contrats d’approvisionnement en électricité se négocient en général trois ans à l’avance. Alpiq a dû offrir dès 2014, à trois ans, des prix très bas correspondant au marché sans pouvoir se couvrir suffisamment par du hedging. La persistance d’un prix bas, autour de 30 euros le MWh, alors qu’il passait sous les 50 euros en 2014, explique l’avenir difficile et l’insistance des dirigeants du groupe à demander une révision des taxes, notamment hydraulique, qui représentent un tiers du prix de production des barrages.

La tendance à la dépréciation d’actifs et à la constitution de provisions continue mais s’atténue fortement avec une somme de 170 millions de francs au premier semestre 2016, contre 992 millions au premier semestre 2015. Le retour d’une certaine volatilité des prix rend par exemple la production de pompage turbinage moins risquée financièrement.

Alpiq est entré en négociation serrée (due diligence) en août avec plusieurs sociétés intéressées à acquérir une partie des 49% des actifs hydroélectriques mis en vente. «Le choix des acheteurs se fera selon trois critères: le prix, les conditions commerciales (ndlr: contrat de trading par exemple), et la sécurité de la transaction», précise Jasmin Staiblin, sans vouloir en dire davantage.

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