Industrie

Alstom et Siemens estiment remplir les conditions de Bruxelles pour s’unir

Les groupes ferroviaires français et allemand sont soutenus par leurs gouvernements respectifs. Leur projet de fusion réaménagé a été rendu public lundi

Pas de doutes sur l’objectif de cette fusion: en se mariant, le français Alstom et l’allemand Siemens Mobility entendent devenir un «leader global de la mobilité ferroviaire», comme le disait leur premier communiqué sur ce projet, en juin 2018. Depuis, les deux groupes ont buté sur les normes de concurrence européennes. Ce qui les a obligés à revoir leur copie, pour garantir que cette union n’engendrera ni entente sur les prix, ni verrouillage des marchés. Une nouvelle offre a donc été déposée sur le bureau de la Commission européenne ce lundi, avec le soutien des autorités de Paris et Berlin.

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Sur le plan industriel, les concessions majeures portent, entre autres, sur les licences technologiques détenues par les deux entités en matière de train à grande vitesse, et sur leur duopole en matière de signalisation ferroviaire. L’exécutif communautaire exige que le futur géant se sépare de certaines activités, et que ses licences soient redéfinies, pour permettre à des équipementiers non européens de continuer à concourir aux appels d’offres ferroviaires au sein de l’Union européenne.

La décision de la Commission, attendue initialement pour le 18 février, pourrait tomber dès le 6 février. Le futur groupe Alstom-Siemens Mobility regrouperait 34 000 salariés et pèserait 16 milliards d’euros de chiffre d’affaires, sur la base des chiffres de 2017. Les deux groupes sont quasi à égalité en termes de résultats. Le carnet de commandes le plus fourni est celui d’Alstom, avec 34 milliards d’euros, essentiellement grâce aux commandes publiques françaises, dont celle de 100 TGV nouvelle génération livrables en 2023. L’Etat français était intervenu en 2016 pour sauver l’usine Alstom de Belfort, menacée de fermeture.

Des répercussions politiques importantes

Sur le plan politique, la symbolique est énorme. D’abord parce qu’elle incarne l’avenir économique du couple franco-allemand, réactualisé par la signature le 22 janvier à Aix-la-Chapelle d’un nouveau traité entre Paris et Berlin. Ensuite parce que ce futur géant a pour but de damer le pion aux concurrents ferroviaires chinois et russes à l’international. Cette fusion est conforme à l’ambition de souveraineté industrielle européenne défendue par Emmanuel Macron. «La refuser ne serait pas simplement une erreur économique, ce serait une faute politique parce que ça affaiblirait toute l’industrie européenne», a tonné dimanche le ministre français des Finances, Bruno Le Maire.

Margrethe Vestager à la manœuvre

Fait intéressant, le sort de cette alliance repose paradoxalement sur les épaules de l’une des meilleures alliées du président français à Bruxelles: la commissaire danoise à la Concurrence, Margrethe Vestager, libérale et souvent citée comme une candidate potentielle pour la future présidence de la Commission, après les élections européennes du 26 mai. Margrethe Vestager a solidement défendu les intérêts européens en infligeant en juillet 2018 une amende record de 5 milliards d’euros au géant numérique américain Google pour abus de position dominante avec son système d’exploitation Androïd pour téléphones portables. Selon des sources bruxelloises, la Commission estime encore insuffisantes les cessions d’actifs, évaluées à 4% du chiffre d’affaires des deux entreprises.

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