Amanda Byrde incarne une nouvelle génération d’entrepreneurs, avec un pied en Chine, l’autre à Lausanne et son cœur qui bat au rythme du Honduras. La jeune femme de 32 ans, plutôt réservée, travaille pour le fonds de fonds de son père dont elle a pour mission de sélectionner des entreprises prometteuses basées en Asie. Mais aussi et surtout, sa nouvelle passion se nomme Impact Hub, un nouvel espace lausannois de travail collaboratif et de soutien aux start-up. Celui-ci sera inauguré jeudi, à la rue du Jura, à quelques pas de l’Hôpital des aveugles.

Ce lieu de travail contemporain et en commun prévoit de réunir des entrepreneurs ayant tous une même vision, celle de créer un monde plus durable. Ils souhaitent développer des projets commerciaux viables en lien avec les défis environnementaux et sociaux. L’incubateur leur offre des conseils, des séminaires, un financement et surtout un réseau. Le concept s’inscrit dans un mouvement international, né en 2005 à Londres.

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Une quarantaine de personnes seraient déjà intéressées à rejoindre le lieu. «Ce nouvel Impact Hub, le quatrième en Suisse, a pour but de créer une communauté d’entreprises locales connectées au réseau des 100 Impact Hubs répartis sur les cinq continents. A Genève, l’association, soutenue financièrement par les Nations unies, le canton et UBS, regroupe déjà 250 membres, dont la moitié ont créé une start-up», explique Amanda Byrde. Parmi elles, il y a, par exemple, Exodes Urbains, spécialisée dans la culture aquaponique, associant l’élevage de poissons et la culture de plantes. Ou encore Le Nid, une épicerie participative, ou The Port, qui organise des «hackathons» – programmation informatique collaborative – pour développer des outils humanitaires.

Les membres du club doivent s’acquitter d’une cotisation s’élevant de 40 à 390 francs par mois en fonction de leurs besoins. Certains souhaitent uniquement être connectés à une communauté mondiale alors que d’autres désirent avoir accès à une place de travail et bénéficier d’heures de conseil d’experts.

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Amanda Byrde, qui a toujours un Tupperware écologique dans son chic cabas, dirigera cet espace en collaboration avec Félix Staehli, Bautista Dahl Rocha, Alexandra Boethius, Julien Clivaz, Alberto Gomez et Marc Friederich. «Nous promouvons l’holacratie. Il n’y a pas de directeur», précise-t-elle, en buvant son thé matinal. Selon ce système d’organisation, les mécanismes de prise de décision sont disséminés à tous les échelons. Toutefois, c’est bien elle qui se charge de la recherche de fonds et de la mise en place de la stratégie d’Impact Hub Lausanne. Car Amanda Byrne, c’est l’écologie à la sauce «finance» ou le «propre» façon rentable. Sa collègue, Erica Mazerolle, parle d’elle en ces termes: «Elle encourage, félicite et reconnaît le bon travail de ses collègues et ne s’attarde pas sur les petits détails mais valorise l’effort et les résultats dans leur ensemble.»

Diplômée de HEC Genève, elle incarne le développement durable version élégance et non militante. «La capitale vaudoise est un terreau fertile pour l’innovation, notamment avec l’EPFL. Il s’agit de faire interagir la Confédération, les cantons, les écoles polytechniques, les ONG, les entreprises et autres incubateurs indépendants», explique-t-elle en enroulant ses longs cheveux derrière les épaules.

Née à Genève, Amanda Byrde a toujours passé ses vacances d’été au Honduras où vit toute sa famille du côté maternel. C’est d’ailleurs dans ce pays d’Amérique du Sud, auquel elle reste particulièrement attachée culturellement, qu’elle a été, déjà très jeune, impliquée dans des projets d’aide humanitaire auprès des enfants. «J’accompagnais ma mère dans ces missions. C’est grâce à elle que j’ai développé cette sensibilité et une notion du partage.»

De langue maternelle espagnole, elle dit avoir découvert le français, avec grande surprise, lors de son premier jour d’école au Petit-Saconnex à Genève. «Mon père, d’origine écossaise, parlait l’espagnol à la maison.» Bonne élève, aînée d’une fratrie, se définissant comme responsable, autonome mais pas toujours ponctuelle, elle a mené sa scolarité sans embûche. Très curieuse du monde, elle a rapidement quitté Genève pour découvrir Boston, Madrid puis l’Asie.

La capitale vaudoise est un terreau fertile pour l’innovation, notamment avec l’EPFL. Il s’agit de faire interagir la Confédération, les cantons, les écoles polytechniques, les ONG, les entreprises et autres incubateurs indépendants

Parmi les projets d’Impact Hub Lausanne, elle a déjà lancé un programme avec le fonds de soutien Engagement Migros, dénommé Lab Vie Durable. «Ce programme me tient particulièrement à cœur et j’y ai mis beaucoup d’énergie avec mes collègues. L’objectif est de créer une plateforme multipartite qui favorise la collaboration ouverte entre les acteurs des secteurs privé, public et associatif afin de soutenir des initiatives concrètes qui résolvent les défis les plus importants de notre temps. Nous voulons créer une seule communauté grandissante dans la région et contribuer ainsi à l’essor de la Romandie et son positionnement en tant que leader régional d’innovation durable!»

Un appel de projets a été lancé, visant à trouver des solutions pour réduire le gaspillage alimentaire. Plusieurs idées ont déjà émergé, à l’exemple de celle d’un entrepreneur désirant créer une start-up dont la mission serait de récupérer les invendus des boulangeries qui seraient réduits en poudres alimentaires, puis revendus pour confectionner des biscuits.


Profil

1985 Naissance d’Amanda Byrde.

1986 Premier voyage au Honduras.

2012 Déménagement à Shanghai.

2015 Création d’Impact Hub Genève dont elle est cofondatrice.

2018 Création d’Impact Hub Lausanne dont elle est cofondatrice.