Rien ne semble résister à Amazon. La multinationale n’a plus rien à voir avec le site de vente en ligne de livres lancé en 1994. Le groupe basé à Seattle (Washington) se diversifie de plus en plus rapidement, de la mode aux assistants personnels, en passant par la navigation sur Internet dans les pays en voie de développement. Dans la nuit de jeudi à vendredi, Amazon a publié des résultats trimestriels supérieurs aux attentes: son chiffre d’affaires a progressé de 43% sur un an, à 51 milliards de dollars (50,4 milliards de francs), pour un bénéfice net en hausse de 50%, à 4,5 milliards.

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Désormais régulièrement profitable après des années de perte, Amazon a intérêt à accélérer sa diversification. «N’importe quelle opportunité dans laquelle le groupe investira lui apportera des marges plus élevées que son activité de distributeur, à très faible marge», indiquait un analyste de la société d’investissement Macquarie Securities dans une note. Voici les cinq domaines principaux dans lesquels la multinationale veut s’étendre.

1. Le cloud, si rentable

Si Amazon est rentable, c’est grâce à elle. Amazon Web Services (AWS), la division cloud du groupe, représente aujourd’hui 10% du chiffre d’affaires du groupe et lui a apporté, à elle seule, 1,4 de son 1,9 milliard de résultat opérationnel. «AWS a eu l’avantage rare d’être là sept ans avant les concurrents», a commenté Jeff Bezos, directeur du groupe. La filiale détient 44% du marché du cloud mondial et ne cesse de s’étendre en bâtissant de nouveaux centres de données. Pour louer de l’espace de stockage et de la puissance de calcul à plus d’un million de clients. Mais aussi pour faire tourner ses propres services de vidéo et musique en ligne.

2. Une ambition dans la mode

Aujourd’hui, 14% des habits que vend Amazon sont issus de ses propres marques, 86% étant proposés par des marques tierces, selon la société d’analyse américaine Coresight Research. Avec des marges brutes allant jusqu’à 40%, la mode est un domaine dans lequel le groupe veut s’étendre. Amazon a racheté plusieurs marques et a lancé le service Prime Wardrobe, permettant d’essayer plusieurs habits chez soi avant d’en renvoyer plusieurs dans la même boîte, franc de port. Exactement comme son concurrent allemand Zalando.

Le groupe de Jeff Bezos a aussi commercialisé une caméra, Echo Look, permettant d’essayer des habits de manière virtuelle. Amazon teste aussi un système pour commenter l’apparence de ses clients et a aussi développé des algorithmes pour dessiner des habits.

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3. Les assistants se multiplient

Numéro un du marché mondial des assistants personnels avec plus de 20 millions de haut-parleurs Echo vendus, Amazon ne cesse d’élargir sa gamme avec notamment un modèle pour les enfants, Echo Dot Kids, qui sera vendu 79,99 dollars dès le 9 mai aux Etats-Unis: l’appareil est conçu pour mieux comprendre les paroles des enfants, intègre un système de contrôle parental et exige que l’enfant dise «s’il te plaît» lors de ses requêtes. Amazon, au sein de son laboratoire Lab126, travaillerait même à un robot, baptisé Vesta, se déplaçant dans l’appartement pour suivre son propriétaire.

4. Des revenus récurrents

Fort désormais de plus de 100 millions de personnes abonnées dans le monde à son service Prime, qui intègre notamment vidéos et chansons en streaming, espace de stockage et service de livraison plus rapide, Amazon veut qu’elles lui rapportent davantage. La société va faire passer le tarif annuel de 99 à 119 dollars aux Etats-Unis – une hausse interviendra sans doute dans les semaines à venir en Europe. La dernière hausse annuelle datait de 2014. Avec cette augmentation, Amazon pourrait engranger 2 milliards de revenus supplémentaires par année.

5. Un test en Inde

Discrètement, le groupe vient de lancer, en Inde, «Internet», une application pour les smartphones Android censée limiter l’utilisation des données mobiles. Le but indirect d’Amazon sera d’accroître sa base d’utilisateurs. Une initiative qui rappelle le lancement de Facebook Lite ou de Youtube Go, une version bridée aussi proposée en Inde.


Du nouveau pour les Suisses

Amazon a beau ne pas être officiellement présent en Suisse, son service de films et séries à la demande est déjà disponible. Comme l’ont constaté récemment nos confrères alémaniques de Watson, Amazon Prime Video est actuellement accessible dans son intégralité en Suisse. Jusqu’à présent, la liste des séries et films proposés était limitée, ce qui n’est plus le cas. Le groupe a a priori pris cette décision pour se conformer à une directive européenne qui interdit le «geoblocking», qui consiste à limiter la mise à disposition de services numériques selon les pays.

Le site www.primevideo.com propose environ 12 000 titres, dont une partie sont des productions propres d’Amazon, qui rivalise sur ce terrain directement avec Netflix. L’abonnement à Prime Video coûte 2,99 euros (3,60 francs) par mois les six premiers mois, puis 5,99 euros (7,20 francs) par mois. En comparaison, les trois tarifs de Netflix sont de 11,90, 15,90 et 19,90 francs, selon la qualité de l’image et le nombre d’écrans choisi.

A noter qu’Amazon n’a pas encore officiellement lancé ses services en Suisse. Fin mars, La Poste confirmait avoir signé un contrat avec le groupe, «sans traitement préférentiel», avait-elle assuré. Ce contrat devrait entrer en vigueur d’ici à cet été. En 2017, Amazon a réalisé, selon des estimations indépendantes, 600 millions de chiffre d’affaires en Suisse. (A. S.)