C’est un projet à la hauteur des ambitions d’Amazon. Dans le Kentucky, en plein Midwest américain, Amazon veut construire un «hub» de fret aérien, capable à terme d’accueillir plus de 200 vols par jour. Le géant américain du commerce en ligne fondé et dirigé par Jeff Bezos se dit prêt à investir 1,5 milliard de dollars pour aménager un gigantesque centre de tri, employant plus de 2000 personnes au sein de l’aéroport de Cincinnati.

Cette initiative s’inscrit dans le cadre d’un vaste programme d’optimisation de la chaîne logistique aux Etats-Unis. Amazon a ouvert plus de 200 entrepôts sur le sol américain, loue des avions-cargos, possède des milliers de semi-remorques et travaille sur un projet de drones. L’entreprise espère ainsi réduire sa dépendance à ses transporteurs UPS et FedEx. «Leurs capacités ne sont plus suffisantes en période de pointe», assurait l’an passé Brian Olsavsky, son directeur financier.

Lire aussi: Amazon crée 15 000 emplois en Europe 

Coûts de livraison en augmentation

L’objectif est double. D’abord, gagner du temps pour ses livraisons face à l’augmentation du nombre d’abonnés à Prime, l’offre premium qui permet d’être livré gratuitement sous 48 heures. Ensuite, réduire les dépenses pour acheminer les colis. L’an passé, les coûts nets de livraison d’Amazon, c’est-à-dire après les frais de port payés par les clients, ont grimpé de 43%, dépassant les 7 milliards de dollars et plombant durablement les marges.

A lire: Comment Amazon veut étendre son emprise mondiale

En construisant un «hub», «Amazon reprend la stratégie mise en place par UPS et FedEx», souligne Marc Wulfraat, président de Mwpvl, un cabinet de conseil spécialisé dans la logistique. Tous les avions arriveront ou partiront de l’aéroport de Cincinnati. Ce système doit permettre d’envoyer des marchandises d’un entrepôt à un autre en une seule journée. L’e-marchand opère déjà une flotte d’environ 15 appareils, qu’il loue auprès de deux sociétés spécialisées. Ce nombre devrait être porté à 40 en 2018. Et selon le Seattle Times, Amazon aurait également entamé des discussions avec Boeing pour acheter vingt gros-porteurs B767.

A lire: Amazon lorgne du côté du transport maritime

Fin 2016, la société a aussi lancé ses opérations de transporteur maritime entre la Chine et les Etats-Unis, pour lesquelles elle avait obtenu un permis fin 2015. Plus de 150 conteneurs ont déjà été acheminés entre octobre 2016 et janvier 2017, selon le Wall Street Journal. Amazon ne possède pas ses propres navires. Pour le moment, elle se contente, par l’intermédiaire d’une filiale chinoise, d’acheter des capacités chez des armateurs.

Le défi du «dernier kilomètre»

De l’autre côté de la chaîne logistique, le groupe de Seattle prévoit d’acheter des milliers de semi-remorques, afin d’acheminer des marchandises vers les centres de distribution situés à proximité des grandes villes américaines. Il cherche aussi des solutions pour assurer le «dernier kilomètre», celui qui coûte le plus cher. Dans plusieurs métropoles américaines, il dispose ainsi de camionnettes de livraison, semblables à celle d’UPS et de FedEx. Ailleurs, le commerçant teste une plate-forme s’inspirant du groupe californien de location de voiture avec chauffeur Uber, baptisée Flex et qui repose sur des particuliers utilisant leur propre voiture. Et il teste des drones capables de livrer des colis en trente minutes. Une première livraison a été effectuée en décembre.

A plus long terme, tous ces efforts pourraient se transformer en opportunité de croissance. Amazon propose déjà une gamme de services aux distributeurs partenaires vendant des produits sur sa plateforme – des services qui génèrent une marge plus importante. Selon le Wall Street Journal, l’entreprise ambitionnerait en effet de concurrencer frontalement UPS et FedEx. Mais la route reste encore longue. «La moitié de la population américaine ne vit pas à proximité d’un entrepôt de la société», rappelle Marc Wulfraat.