Technologie

Amazon et Microsoft unis sur le marché des assistants personnels

Amazon et Microsoft ont annoncé qu’Alexa et Cortana, leurs assistants personnels respectifs, seraient bientôt capables d’interagir. L’alliance met la pression sur Google et Apple

«Alexa s’est fait une nouvelle amie.» La formule utilisée par Jeff Bezos sur Twitter aurait presque l’air innocente. Elle annonce pourtant un événement majeur dans l’économie émergente de l’intelligence artificielle. Alexa, l’assistant personnel d’Amazon, sera compatible d’ici à la fin de l’année avec Cortana, son équivalent sur l’écosystème Windows. 

Ce partenariat inattendu a été suggéré par le patron d’Amazon à son homologue de Microsoft en mai 2016 lors d’un rassemblement de chefs d’entreprise à Seattle, la ville qui abrite les sièges des deux géants de la tech. Satya Nadella a rapidement adhéré au projet. «La personnalité et l’expertise de chacun des assistants seront telles que s’ils interagissent correctement, l’utilisateur en profitera. C’est une chose qui a résonné en moi et en lui. C’est ce qui a mené nos équipes à travailler ensemble», raconte le patron de Microsoft au New York Times.

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Dans quelques semaines, il suffira donc de dire «Alexa, ouvre Cortana» à son enceinte Echo pour activer l’assistant de Microsoft. Même chose dans l’autre sens pour profiter des 18 000 «skills» (compétences) qu’Alexa a à offrir. Interrogé par l’agence Reuters, Michael Pachter, un analyste de Wedbush Securities, confie sa surprise de voir les deux entreprises, concurrentes directes sur le marché du cloud – où Amazon Web Services devance Microsoft Azure – collaborer ainsi. «Cela dit beaucoup sur la qualité des deux dirigeants. Ils ont compris qu’il y avait plus à gagner à travailler ensemble qu’à essayer de se détruire», explique Michael Pachter.

Microsoft entre dans les salons, Amazon dans les bureaux

Le rapprochement a effectivement du sens. D’après EMarketer, le marché des assistants personnels va connaître une croissance de plus de 23% cette année. RBC Capital Markets a calculé qu’Alexa pourrait générer 10 milliards de dollars de chiffre d’affaires d’ici à 2020.

Grâce à ses 10 millions d’Echo vendus aux Etats-Unis, Amazon représente 70% du marché des enceintes intelligentes. Le Home de Google pointe loin derrière en attendant l’arrivée du HomePod d’Apple. Pour Cortana, installée automatiquement sur Windows 10, c’est donc l’occasion d’exister ailleurs que sur PC. «S’assurer que Cortana est disponible pour nos clients partout et sur n’importe quel appareil est une priorité pour nous», a expliqué Satya Nadella dans un communiqué.

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Microsoft entre ainsi dans la vie quotidienne de ses clients: Echo peut se connecter à une télévision ou à un frigidaire et peut bien entendu passer une commande sur le site d’Amazon. La création de Jeff Bezos, de son côté, sort du cadre privé pour accéder, à travers Office365, au monde professionnel ainsi qu’aux 145 millions d’utilisateurs actifs de Windows 10. Le tout en profitant de l’expertise de Microsoft en matière d’intelligence artificielle. Bref, Alexa et Cortana compensent leurs faiblesses avec leurs atouts.

Le potentiel du téléphone

L’alliance est d’autant plus logique que les deux entreprises, malgré des investissements massifs, n’ont pas réussi à pénétrer le marché des téléphones portables avec Nokia et l’Amazon Fire Phone. Or, le téléphone a le potentiel pour devenir le terminal de référence pour les assistants personnels. Présents sur des centaines de millions d’iPhone ou de smartphones fonctionnant avec le système d’exploitation Android, Siri d’Apple et Google Assistant partent donc avec un avantage.

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Cette situation explique en partie pourquoi Amazon et Microsoft ont intérêt à s’entendre. Jeff Bezos se dit ouvert à l’idée d’élargir la collaboration à Apple et à Google. Son argument? «Il y aura à l’avenir de multiples agents intelligents, chacun avec différents types de données et aires de compétences. Je veux que les consommateurs aient accès au plus grand nombre possible de ces intelligences artificielles.» Mais pas sûr qu’Apple et Google aient envie de rendre leurs écosystèmes (iOS et Android) interchangeables.

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