Amazon ouvrirait son premier magasin à New York

Distribution La société fait face à la colère d’employés, liée aux conditions de travail aux Etats-Unis et en Allemagne

C’est un bâtiment de douze étages, au croisement 7 West et 34th Street. Les marques d’habits Mango et Express y possèdent déjà un magasin. Et d’ici à quelques semaines, cela pourrait être au tour d’Amazon d’y emménager. Le numéro un mondial ­d’e-commerce ouvrirait ainsi à New York son premier magasin physique, rapportaient vendredi plusieurs grands médias américains. Connue pour ses immenses hangars, la société dirigée par Jeff Bezos ferait ainsi un nouveau pas dans le monde physique après plusieurs tentatives d’approche.

Le futur magasin, à propos duquel Amazon n’a pas encore communiqué, devrait ouvrir pour Noël. Il servirait avant tout de vitrine pour la société, notamment pour les produits qu’elle conçoit elle-même: ses différents modèles de tablette Kindle, son nouveau smartphone Fire Phone ou encore son système de télévision.

La stratégie d’Amazon pourrait être ainsi comparée à celle d’Apple (400 magasins) et plus encore à celle de Microsoft, qui a ouvert une cinquantaine de magasins physiques, surtout aux Etats-Unis. L’éditeur de logiciels en profite pour y montrer sa tablette Surface et ses systèmes Windows pour smartphones et ordinateurs.

Casiers à code

Et le monde physique, Amazon y a déjà goûté par petites touches. La société loue déjà par intermittence des espaces dans des centres commerciaux pour y faire la promotion de ses appareils numériques. En parallèle, Amazon a installé des casiers géants dans des endroits à fort passage dans les principales zones urbaines des Etats-Unis. Là, les clients peuvent non seulement y rapporter les articles qu’ils veulent rendre – cela concerne un tiers de la marchandise vendue, selon une estimation du Wall Street Journal –, mais aussi récupérer la marchandise reçue, via un code à taper sur le casier. Les frais logistiques sont l’un des plus gros postes de dépenses de la firme et ils augmentent: de 6,42 milliards de dollars en 2012, ils sont passés à 8,59 milliards en 2013.

Ces frais, couplés aux investissements consentis dans les centres de distribution et les centres de données informatiques – autre secteur d’activité majeur d’Amazon – continuent à plomber ses résultats. Au second trimestre 2014, la société a ainsi perdu 126 millions de dollars, pour un chiffre d’affaires de 17 milliards de dollars, en progression de 23%. Le chiffre d’affaires pourrait passer la barre des 20 milliards durant le troisième trimestre (les chiffres seront connus le 23 octobre), pour une perte prévue entre 400 et 800 millions de dollars. Pour mémoire, Bruxelles a annoncé cette semaine le lancement d’une enquête sur les pratiques fiscales d’Amazon en Europe.

Fouilles quotidiennes

L’avancée dans le monde physique de la société s’effectue en parallèle à un conflit entre Amazon et des milliers de ses employés – la société en compte 132 000 dans le monde. Mercredi, la Cour suprême des Etats-Unis a commencé à étudier plusieurs plaintes collectives, émanant aussi d’employés d’autres centres logistiques. Ils arguent que leur employeur doit compter comme temps de travail les fouilles quotidiennes, durant parfois 25 minutes, à la sortie des entrepôts, pour détecter les vols. En Allemagne, des employés ont fait plusieurs fois grève cet automne pour dénoncer le niveau de leur salaire.