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Amazon paie-t-il des impôts aux Etats-Unis ?

Aux Etats-Unis, le géant américain de la distribution en ligne n'aurait payé aucun impôt fédéral sur le revenu depuis deux ans, selon un rapport mentionné par l'élue démocrate Alexandria Ocasio-Cortez. Le point sur les faits

Amazon a fait les gros titres jeudi en renonçant subitement à son projet d'expansion à New York, qui avait généré une controverse liée aux incitations fiscales locales promises. Selon les critiques, celles-ci auraient vidé les caisses publiques. «Pourquoi les entreprises qui ne contribuent en rien au pot commun devraient-elles être en mesure de prendre des milliards de dollars à la population?»

C'est ce qu'a tweeté Alexandria Ocasio-Cortez, élue démocrate à la Chambre des représentants pour une circonscription adjacente au site d'implantation envisagé.

 

Sur le réseau social, Alexandria Ocasio-Cortez évoquait le rapport de l'Institute on Taxation and Economic Policy (ITEP), un centre d'études basé à Washington, selon lequel Amazon n'a pas payé d'impôt fédéral sur le revenu en 2017, ni en 2018. Sur cette période, ses bénéfices nets aux Etats-Unis ont pourtant doublé pour atteindre plus de 11 milliards de dollars. L'élue a relevé que cela signifiait «0 dollar» pour les écoles, les pompiers, les infrastructures, la recherche et la santé.

Amazon a signalé en janvier que pour 2017 et 2018 il ne devait pas payer d'impôt fédéral sur son revenu américain et, qu'en réalité, il allait bénéficier de dégrèvements fiscaux pour ces années, selon des documents règlementaires. Le groupe a aussi indiqué que le bénéfice avant impôts de son activité aux Etats-Unis avait grimpé de 100% pour atteindre 11,2 milliards de dollars.

Taux abaissé en 2017

Selon lui, son fardeau fiscal a été allégé en raison de déductions pour la rémunération à base d'actions et pour des dépréciations d'actifs. Mais cela ne veut pas dire que le groupe n'a payé aucun impôt. Pour 2018, Amazon a affirmé devoir 322 millions de dollars d'impôts aux gouvernements locaux des Etats américains et 563 millions de dollars dans le reste du monde.

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Reste que la réforme fiscale républicaine de 2017, qui a abaissé le taux d'imposition des sociétés de 35% à 21%, a profité à Amazon à hauteur de 789 millions de dollars. Dans une catégorie comptable distincte, le géant de l'internet a déclaré des «impôts payables en espèces» de 1,2 milliard de dollars en 2018 et de 957 millions de dollars l'année précédente. Or, ces chiffres ne sont pas ventilés géographiquement. Il est donc impossible de savoir où ces sommes ont été payées.

Les conclusions du rapport de l'ITEP semblent ainsi corroborées par les propres déclarations règlementaires d'Amazon.

Image incomplète

Matt Gardner, un responsable de l'ITEP, estime que la facture fiscale du géant d'internet à l'égard des Etats américains est d'environ 2,9%. «C'est certainement supérieur à zéro.»

Sabuhi Sardarli, professeur de finances à l'université du Kansas qui a effectué des recherches sur l'évasion fiscale des entreprises, a déclaré à l'AFP qu'Amazon faisait des provisions en prévision de taxes supérieures à l'avenir. «En d'autres termes, se concentrer sur la récente facture fiscale d'Amazon pourrait ne pas donner une image complète.»

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Le groupe technologique américain a relevé vendredi auprès de l'AFP avoir investi plus de 160 milliards de dollars aux Etats-Unis depuis 2011, pour créer un réseau de distribution complexe et une infrastructure informatique dans le cloud.

Taxé sur les bénéfices et non sur les revenus

«Amazon paie tous les impôts que nous sommes tenus de payer aux Etats-Unis et dans tous les pays où nous exerçons nos activités. Y compris le versement de 2,6 milliards de dollars de taxes sur les sociétés et une déclaration de 3,4 milliards de dollars au cours des trois dernières années», a déclaré un porte-parole.

«L'impôt sur les sociétés est basé sur les bénéfices, non sur les revenus. Et nos bénéfices restent modestes, le commerce de détail étant une activité hautement compétitive et à faible marge bénéficiaire, tandis que nos investissements sont toujours importants.»

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