Lors de deux décisions séparées, les régulateurs boursiers britannique et américain ont mis un frein à l'activité des hedge funds. Tous deux veulent freiner les ventes à découvert des actions des banques et des institutions financières rendues particulièrement vulnérables par la crise des «subprime».

La Financial Services Authority (FSA) britannique veut que tout vendeur à découvert (short seller) de titres nouvellement émis lui déclare chaque position dépassant 0,25% de la capitalisation boursière du titre concerné. Sa décision, annoncée le 13 juin, est entrée en vigueur le 20 du même mois.

La Securities and Exchange Commission (SEC) américaine va plus loin: elle exige des prêteurs d'actions de 19 grandes institutions financières qu'ils obtiennent au préalable l'accord formel des propriétaires des titres avant de les confier à des tiers. Publiée le 15juillet, la décision est entrée en vigueur dans la nuit de dimanche à lundi derniers.

Les institutions financières concernées sont les grandes banques américaines (Citigroup, Merrill Lynch, Lehman Brothers, Goldman Sachs, Bank of America) et étrangères (UBS, Credit Suisse, HSBC, Deutsche Bank notamment), et les deux entreprises de financement hypothécaire américaines en crise, Fannie Mae et Freddie Mac.

Pas de restrictions en Suisse

Si la restriction de la FSA britannique ne déploie qu'un impact limité, celle de la SEC américaine vise explicitement à mettre un terme aux «fluctuations de marché soudaines et excessives», qui risquent de «mettre le bon fonctionnement des marchés boursiers en péril».

Jusqu'alors, la pratique - illégale mais tolérée aux Etats-Unis - était la suivante: un hedge fund vendait à découvert des titres qu'il ne possédait pas (naked shorts), avant de chercher à les racheter un peu plus tard à un prix inférieur. Cette pratique était facilitée par des délais de livraison des actions parfois très longs, jusqu'à deux, voire trois semaines. «Le gérant de hedge fund devait juste s'arranger avec la banque pour rééquilibrer son portefeuille avant de livrer les titres à l'acheteur ultime», explique Eduard Seligman, responsable de la société de gestion alternative Osprey à Genève.

Désormais, il sera beaucoup moins intéressant de «shorter» les actions soumises aux restrictions: «Le temps que les propriétaires prendront pour accepter de prêter leurs titres sera perdu pour les gérants de hedge funds», poursuit Eduard Seligman.

A son avis, l'une des raisons principales de la forte hausse des valeurs financières en bourse en fin de semaine passée vient du débouclage massif des positions à découvert par des gérants soucieux de ne pas se poser en infraction vis-à-vis de la SEC.

La Suisse, où les ventes à découvert sont très actives, n'envisage pas de prendre de telles mesures restrictives. «La Commission fédérale des banques a déjà discuté du sujet avec les autres autorités concernées. Elle a renoncé à introduire de nouvelles mesures car les dispositions réprimant les abus de marché lui suffisent», explique Tobias Lux, porte-parole.