La banque ne répond plus. Depuis quelques jours, toute transaction est devenue impossible pour les 52 000 titulaires des «comptes secrets» d’UBS détenus par des Américains ou des résidents étrangers aux Etats-Unis. Pour eux, ou plutôt pour ceux qui n’ont pas encore décampé, une seule opération est aujourd’hui autorisée: la clôture de ce compte et le transfert des sommes vers d’autres destinations.

Avec un fisc américain qui se montre singulièrement aux aguets, cette perspective est perçue comme «un piège» par certains clients américains et leurs avocats. Et, de fait, ils n’ont pas vraiment le choix: en rapatriant leur argent aux Etats-Unis, ceux qui ne se sont pas encore déclarés «volontairement» au fisc seront immanquablement pris la main dans le sac. Quant à l’ouverture d’un compte dans une autre banque suisse, la perspective est devenue pratiquement impossible: pour les établissements bancaires, les clients américains sont aujourd’hui devenus des parias dont personne ne veut.

Pour UBS, l’affaire est entendue: dans le cadre de son premier accord avec le fisc américain, la banque suisse avait promis de mettre fin à ses pratiques concernant les comptes non déclarés. En vérité, elle est allée bien au-delà: à partir d’octobre dernier, tous les clients privés domiciliés aux Etats-Unis ont reçu une notice leur indiquant que «leur relation professionnelle» avec la banque allait se terminer. La banque conseillait à ces clients de «prendre conseil» auprès de leur conseiller financier afin de «déterminer les conséquences» que cette procédure aurait pour eux en termes d’impôts. Elle leur suggérait aussi de se dénoncer volontairement au fisc. Ces derniers jours, alors que s’approche la première audition devant une Cour fédérale de Miami, le 13 juillet, la banque a mis sa décision à exécution pour les comptes qui restaient encore ouverts.

Des soucis pour un simple compte salaire

Ces clients, aujourd’hui, sentent le soufre. Et, pour les autres établissements bancaires suisses, il n’est pas question d’accepter le fardeau en accueillant ces ex-clients d’UBS ou tout autre client américain qui aurait l’idée saugrenue d’ouvrir un compte en Suisse dans les circonstances actuelles. A Genève, un banquier témoigne: «Pour les Américains, et même pour leurs enfants nés ici, il devient de plus en plus difficile d’ouvrir un compte dans les banques de la place. Même pour un simple compte salaire, il faut déballer quantité de documents et justificatifs demandés par les autorités américaines. Cela ressemble à un petit enfer.»

Sommé de s’expliquer devant les sénateurs, en mars dernier, le responsable d’UBS Mark Branson avait laissé entendre que la banque entendait juger différemment les expatriés américains titulaires d’un compte courant. Il avait estimé qu’il était naturel, pour la plus grande banque du pays, de continuer d’offrir des prestations normales à la communauté américaine de Suisse, qui compterait quelque 30 000 membres. Or, extrêmement soupçonneux et combatifs après qu’UBS eut avoué ses activités frauduleuses à large échelle, les sénateurs avaient cru déceler une nouvelle «manœuvre» de la part de la banque. L’heure n’est pas à la finesse.

Les doléances exprimées par les Américains qui vivent aujourd’hui ce «petit enfer» sont arrivées jusqu’aux oreilles des membres du Congrès. Il y a peu, deux représentants, la démocrate de New York Carolyn Maloney et le républicain de Caroline du Sud Joe Wilson adressaient une lettre au secrétaire au Trésor, Tim Geithner, pour lui communiquer leurs craintes. Si les deux élus se disaient convaincus du bien-fondé de la lutte contre la fraude fiscale, ils s’alarmaient devant le fait que les Américains de l’étranger «n’aient plus accès au système bancaire et aux services financiers». En somme: la simple idée de chercher à ouvrir un compte en Suisse suffit aujourd’hui à un Américain pour que le fisc le désigne comme un fraudeur potentiel.