Coup de tonnerre dans le ciel déjà agité de la place financière espagnole. Au lendemain d'un long article décrivant l'itinéraire d'Ana Patricia Botín, étoile montante du Banco Santander, l'Espagnole, surnommée «la Banquière de fer», a annoncé renoncer à ses fonctions opérationnelles au sein du nouveau groupe BSCH qui doit naître de la fusion entre le Santander et le BCH (Banco Central-Hispano). L'article, qui évoque aussi dans le détail la destinée de la famille Botín, considérée comme étant l'une des plus puissantes d'Espagne, est paru dans le magazine dominical du quotidien El País.

Ménager les susceptibilités

L'étoile se fait donc filante. Selon le journal madrilène, les dirigeants des deux établissements n'auraient pas apprécié les propos anonymes tenus auprès des rédacteurs du magazine par un «haut dirigeant d'une banque rivale». Cette source, hautement protégée par le journal, estime qu'Angel Corcóstegui, CEO de la future entité venant des rangs du BCH, ne parviendra jamais à présider le BSCH. Selon le scénario développé par ce «haut dirigeant», lorsque Emilio Botín parviendra à la retraite, en 2007, il passera le flambeau à sa fille, qui sera alors âgée de 46 ans. Ana Patricia Botín devait hiérarchiquement travailler juste au-dessous d'Angel Corcóstegui.

Ce retrait pourrait donc signifier la volonté, de la part du clan Botín, de ménager les susceptibilités de leurs partenaires du BCH, au moment où l'organigramme définitif du futur géant de la banque est encore en discussion. La famille Botín se taille déjà la part du lion dans les hautes sphères du nouveau groupe puisque, sur les dix personnes siégeant au sein du comité exécutif, quatre seront des Botín, dont Emilio et Ana Patricia. Celle-ci continuera à siéger au sein de ce comité, a rapporté le journal espagnol. Se tenant depuis longtemps à l'écart des projecteurs des médias, Ana Patricia Botín est l'une des filles d'Emilio Botín, le patriarche qui conduit la destinée du Santander. De loin la plus apte, parmi tous les enfants du clan Botín, à occuper des fonctions élevées au sein du futur BSCH, elle est à l'origine de la forte expansion de l'établissement en Amérique latine. Ana Patricia Botín est parvenue à diriger une dizaine d'établissements bancaires employant au total 38 000 collaborateurs en Argentine, au Brésil, au Pérou, au Chili, au Venezuela et au Mexique.

Ce départ pourrait cependant aussi refléter une forme de sanction à l'égard d'Ana Patricia Botín. L'unité dont elle est responsable, la banque d'affaires internationale, a annoncé des pertes de 12 milliards de pesetas (environ 120 millions de francs) au troisième semestre de 1998 en raisons de la crise en Asie et dans certaines régions d'Amérique latine.