«Le forum est très complaisant. Jusqu'ici, je n'ai pas entendu une seule idée neuve.» Georges Soros, attrapé vendredi alors qu'il montait les marches du centre des congrès de Davos, n'est pas tendre avec la réunion du World Economic Forum (WEF), qui vient de se terminer. La réflexion du titan des hedge funds rejoint pourtant celle de nombreux autres participants interrogés sur la teneur des débats économiques.

Les discussions sur l'Inde et la Chine, en particulier, ont trop répété des faits visiblement déjà connus de tous. Parmi les nombreux événements orchestrés pour rythmer la 36e assemblée du WEF, on peut noter l'initiative de Bono. Le chanteur de U2 a lancé une marque, Red, pour venir en aide aux malades du sida. Idée sympathique, mais pas non plus révolutionnaire. On jugera son efficacité dans un an, si Bono revient faire un premier bilan.

Bill Gates a lui aussi annoncé une initiative pour le Sud. Mais comme ce n'est pas la première... on finirait par s'y habituer et trouver presque cela normal! Horrible, non? Peter Brabeck a exprimé une des réflexions les plus intéressantes. Le patron de Nestlé a observé que, grosso modo, tous les participants s'entendent sur les grands sujets (climat, équilibres ou déséquilibres mondiaux...). Les conversations tournent donc un peu en rond... sauf lorsque, comme lui, on a le courage d'aller à l'open forum. «On n'y est pas dans une situation confortable, mais on peut y apprendre de nouvelles choses», reconnaît-il.

Cette faiblesse du débat d'idées ne doit toutefois pas faire croire que l'édition 2006 n'a servi à rien. Car elle s'est finalement déroulée exactement comme Klaus Schwab le souhaitait. Le patron du WEF voulait remettre l'accent sur les affaires. C'est ce qu'il a eu. Les mêmes personnes interrogées sur la platitude des débats reconnaissent avoir malgré tout fait un séjour fructueux dans la station grisonne. «Nous avons parlé de beaucoup de points de détail. Rien de révolutionnaire, c'est vrai, mais ces petites choses finissent par sauver le monde!» s'enthousiasme David Arkless, un des patrons de Manpower.

«C'est une bonne semaine parce qu'on a parlé affaires», se réjouit Hubert Joly, à la tête de Carlson Wagon Lit en France. Ce n'est d'ailleurs pas la très sage apparition de l'ambassadrice des Nations unies, et surtout actrice, Angelina Jolie qui a perturbé les discussions d'affaires. Elle a juste permis de tourner les projecteurs sur la manifestation, mais rien d'autre.

Des affaires, mais quelles affaires? Ernesto Bertarelli a-t-il parlé de l'avenir de son groupe Serono, et avec qui? Difficile de le savoir, secret, des affaires, oblige.

Il n'est pas forcément regrettable que cette édition soit restée assez scolaire. Cela signifie sans doute que le monde des affaires va bien.

Mais cela peut aussi révéler plus simplement un manque réel d'idées. Les multinationales affichent des profits record. Saventelles réellement quoi en faire? Investir encore et encore en Inde et en Chine, répondent la plupart. C'est précisément sur ce thème qu'on pouvait attendre plus d'initiatives. Pas tant pour savoir comment investir, mais apprendre à gérer le déplacement du centre de gravité du monde vers ces deux pays.

Hasard du calendrier, la taille de l'économie chinoise a dépassé celle de la France pendant le WEF. Ce mouvement, inévitable, inquiète beaucoup les employéscitoyens. Les patrons, assis eux dans une position confortable, le sentent et craignent un retour du protectionnisme qui freinera le développement de leurs affaires. Pour le moment, ils n'ont pas trouvé le discours, ni les moyens de rassurer. La tâche est grande. Et la réflexion à poursuivre... l'année prochaine.