L'industrie pharmaceutique a vécu une année 2007 en perte de vitesse. Certaines grandes sociétés, parmi lesquelles Pfizer, Sanofi-Aventis et Novartis, souffrent.

Les problèmes étant d'abord structurels, le rafraîchissement de façade par des mesures conjoncturelles à court terme, comme des programmes de rachat d'actions ou la réduction drastique des équipes marketing, ne fera pas illusion longtemps.

Cet affaiblissement de la croissance soulève de profondes interrogations sur la pertinence, à moyen et long terme, du modèle commercial basé sur la vente de quelques médicaments à large spectre thérapeutique générant un chiffre d'affaires annuel d'au moins 1 milliard de dollars («blockbusters»).

Presque tout le monde s'accorde à dire que cette manière de financer l'innovation de toute une entreprise grâce à quelques produits survendus contre le cholestérol, l'hypertension ou le diabète tire à sa fin. Mais, au fond, personne ne sait vraiment par quoi la remplacer.

L'environnement pharmaceutique est devenu nettement plus difficile. Il est marqué par trois facteurs pénalisants: la faible innovation avalisée par les agences d'homologation de médicaments (FDA aux Etats-Unis, EMEA en Europe), la forte pression des systèmes de santé sur les prix négociés par les multinationales, les vives attaques anticipées contre la protection des brevets par des sociétés spécialisées dans la vente de génériques.

Dans ce contexte, la tradition des grandes entreprises de puiser les médicaments de demain dans la recherche des sociétés de biotechnologie s'accélère. L'allemand Merck a racheté la biotech Serono, faisant exploser les statistiques européennes. Cela explique en grande partie la hausse de 600%, à 14,8 milliards d'euros, de la valeur des transactions entre 2006 et 2007. C'est l'arbre qui cache la forêt: le nombre d'accords n'a jamais été aussi grand qu'en 2007, avec une augmentation de valeur de 87% aux Etats-Unis.

Si le secteur de la biotechnologie, composé de quelque 4400 entreprises, dont 1700 en Europe, affiche une plus grande vitalité que celui de l'industrie pharmaceutique traditionnelle, il subit également un affaiblissement de la croissance de ses recettes (+ 8% en 2007) et du nombre d'emplois (+ 5%), selon la dernière étude d'Ernst & Young. Ses pertes, dues au caractère de start-up de la majorité des entreprises actives dans le domaine, sont en forte baisse, mais représentent tout de même 2,7 milliards de dollars pour la seule année 2007.

Derrière cette apparente fragilité se cache une vitalité de la recherche qui permettra à moyen terme de réinventer le modèle pharmaceutique traditionnel basé sur les blockbusters. Pfizer, numéro un mondial, a ainsi renoncé à intégrer les petites entreprises qu'il rachète afin de ne pas tuer, par sa culture d'entreprise, l'esprit inventif qui l'intéresse.

Désormais, le prix d'achat n'est plus uniquement calculé en molécules et en médicaments potentiels, mais il comprend l'esprit d'innovation. C'est un moyen, jugé essentiel par Pfizer, pour parvenir à relever le fabuleux défi qui verra tomber, en 2010, le brevet de Lipitor (anticholestérol), le médicament le plus vendu au monde avec un chiffre d'affaires annuel de 13 milliards de dollars. Une autre méthode, utilisée par Eli Lilly, consiste à travailler en réseaux de partenariats.

La biotechnologie offre l'espoir de parvenir à des traitements génétiquement ciblés, soit une médecine dite personnalisée. Aujourd'hui le gaspillage est énorme. Une étude citée par Mara Aspinall, ancienne présidente de Genzyme, démontre que pour l'ensemble des thérapies 50% des médicaments prescrits sont inefficaces.

Mais les temps changent. La mise au point généralisée de biomarqueurs permettra, par exemple, de savoir à l'avance si tel médicament contre le cancer du sein sera efficace sur la patiente X, mais inopérant sur la patiente Y. En oncologie, en 2001, 15% des traitements étaient basés sur des biomarqueurs. Cette proportion a augmenté à 40% en 2005, et Mara Aspinall pense que ce taux sera de 70% en 2010.

En attendant une véritable percée de la médecine personnalisée, l'ensemble de l'industrie se trouve en phase transitoire inconfortable. Elle manque cruellement d'innovation. L'an dernier, la prudente FDA a approuvé le plus petit nombre de nouvelles molécules depuis 25 ans. Elles se comptent sur les doigts d'une main, contrairement aux extensions de médicaments existants.

Vingt-six médicaments, toutes catégories confondues, ont été approuvés, contre 36 en 2006. En Europe, l'EMEA a approuvé quatre nouvelles molécules et 13 médicaments.

La biotechnologie suisse, forte de 220 entreprises, a une excellente carte à jouer, même si, à cause du rachat de Serono, elle recule du troisième au cinquième rang européen selon le nombre de médicaments à l'étude (voir tableau). Elle conserve cependant un bon second rang, si l'on tient compte des produits en phase finale proches du dépôt de la demande d'homologation.