Le réchauffement climatique par les émissions de CO2 domine le débat public. Le 4e rapport du Groupe intergouvernemental pronostique une hausse des températures pouvant dépasser 5 degrés en 2100 tandis que le rapport Stern du gouvernement britannique estime qu'une telle augmentation risque de réduire le produit intérieur brut mondial de 10%.

Sans négliger l'importance des efforts individuels, c'est du côté des entreprises - en particulier les multinationales - que l'effet de levier le plus efficace est attendu pour réduire les émissions. Ont-elles commencé à agir? Une étude du Economist Intelligence Unit commandée par les autorités britanniques et réalisée auprès de 634 chefs ou hauts responsables de grandes entreprises en Europe, aux Etats-Unis et en Asie apporte une première réponse à cette question.

Pour l'essentiel, elle est décevante. Moins de 10% des sociétés interrogées surveillent leurs émissions globales de CO2, 18% seulement d'entre elles ont un plan pour les réduire, et 45% n'ont pas l'intention d'entreprendre quoi que ce soit dans les trois prochaines années. Le chiffre le plus étonnant est peut-être celui-ci: 62% n'ont pas de responsable des questions environnementales.

Les attitudes varient bien sûr d'un secteur et d'un continent à l'autre. Les industries lourdes sont plus conscientes du défi et agissent davantage. La sensibilité la plus basse à l'enjeu climatique se situe aux Etats-Unis, où la part des entreprises qui ne mesurent ni ne restreignent leurs émissions de CO2 dépasse de dix points la moyenne mondiale. Fait intéressant, l'étude relève que l'écart ne vient pas de celles qui agissent de façon volontaire (la proportion est à peu près identique des deux côtés de l'Atlantique), mais de celles qui s'alignent sur des prescriptions étatiques. Le rôle des autorités est central, on y reviendra.

Si la moindre sensibilité américaine surprend peu, compte tenu de l'attitude des autorités, l'Europe aurait tort de se croire pionnière. Une des surprises du sondage vient d'Asie: c'est là que l'on enregistre le taux de réponses positives le plus élevé pour la mesure et la réduction des émissions nocives. Cette prise de conscience est urgente: cette année ou la prochaine, la Chine dépassera les Etats-Unis comme premier émetteur mondial de CO2.

Les entreprises qui se sont engagées dans la réduction de leurs émissions polluantes y consacrent en moyenne 0,6% de leurs dépenses totales. Parmi elles, 17% calculent qu'elles ont amorti ces coûts ou gagné de l'argent - par la réduction des factures d'énergie ou l'introduction de processus plus efficaces - tandis que 11% restent dans le rouge. Plus d'un tiers pensent qu'elles seront gagnantes dans deux ans. Au total, l'argument dissuasif des coûts ne semble pas déterminant.

Quelles sont les motivations qui poussent une entreprise à agir?

La première (37% des réponses) est de «renforcer sa réputation environnementale dans la société au sens large», suivi par le même renforcement auprès d'acteurs plus proches (actionnaires, activistes, employés), puis par le gain d'image pour la marque. La possibilité de vendre un peu plus cher des produits «premium» labellisés écologiques n'est citée que par 7% des sondés.

Alors que les milieux d'affaires sont traditionnellement réticents face à toute intervention étatique, elle est ici plébiscitée. Seule une société interrogée sur dix estime être suffisamment en avance pour ne pas avoir besoin de règles plus contraignantes. Les responsables ont besoin de visibilité à long terme pour investir et s'assurer que les incitations ou pénalités dans le domaine climatique seront les mêmes pour tous. En juillet 2006, 13 entreprises britanniques demandaient même au gouvernement d'imposer des règles plus strictes. Aux autorités politiques d'écouter ce message.

La pression vient également des investisseurs. Le récent rachat du fournisseur américain d'énergie TXU ne fut pas seulement remarquable par la somme (45 milliards de dollars) déboursée par les fonds de capital investissement KKR et Texas Pacific Group.

Elle l'a été du fait que ces deux groupes ont préalablement négocié avec des ONG environnementales qui critiquaient le bilan écologique désastreux de TXU et son projet de construire 11 centrales à charbon.

Suite à ces négociations, huit centrales ont été abandonnées, et les acheteurs ont accepté que TXU consacre 400 millions de dollars ces cinq prochaines années à améliorer son efficacité énergétique.